08/03/2013

HISTOIRE ET PARANORMAL

 L’étrange talisman ésotérique de la Reine Catherine de Médicis

En 1589, sur son lit de mort, la Reine Catherine de Médicis lègue à Henri 1er de Mesmes un mystérieux coffret fermé, avec ordre de ne jamais l'ouvrir, sous aucun prétexte. Elle seule sait ce qu’il contient. Mais, en 1826, la famille de Mesmes ne respecte pas le pacte de son ancêtre et ouvre le coffret !

Par Jacques Mandorla

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Portrait de Catherine de Médicis peint vers 1555 par un artiste inconnu (Galerie des Offices, Florence).

 

Ce que l'Histoire a surtout retenu de la Reine Catherine de Médicis (1519-1589), épouse du Roi Henri II, c’est qu'elle fut l'instigatrice du terrible massacre perpétré contre les protestants à Paris, le 24 août 1572, jour de la fête de saint Barthélémy.

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Catherine de Médicis le jour du massacre de la Saint-Barthélémy (tableau d’Édouard Debat-Ponsan - 1880 – Musée du Louvre).


La Reine consulte Nostradamus

Peu de gens savent que Catherine de Médicis fut une grande passionnée d'astrologie et de sciences occultes. Ainsi, elle fera appel aux deux plus grands devins de son époque.

La Reine, ayant entendu parler des prédictions remarquables qu'on attribue à Michel de Nostre-Dame, plus connu sous le nom de Nostradamus, l’invite en août 1556 au château de Blois : elle lui présente ses enfants et lui demande de dresser leur horoscope. Le mage révèle alors : « Trois de vos quatre garçons porteront la couronne ». L’avenir lui donnera raison : François, Charles et Henri deviendront rois de France. La Reine, satisfaite des prédictions de Nostradamus (on le serait à moins !), lui offre une importante récompense et le consultera encore à plusieurs reprises. Jusqu’à la dramatique prédiction de Nostradamus annonçant qu’Henri II, l’époux de Catherine de Médicis mourra au cours d’un tournoi, un oeil transpercé par la lance de son adversaire.

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Le mage Nostradamus a été consulté régulièrement par Catherine de Médicis (estampe de 1870 - Réunion des Musées Nationaux).

 

Après la mort de Nostradamus, Catherine de Médicis fait appel en 1571 à l'astrologue Cosme Ruggieri qui est originaire de Florence comme elle. On sait, de source sûre, que la Reine tient fortement compte de son avis, notamment sur la décision à prendre concernant les princes protestants détenus depuis la Saint-Barthélemy.

 

Un mystérieux coffret qu’il était interdit d’ouvrir

Si, à la Cour du Roi, la passion de Catherine de Médicis pour l’ésotérisme est bien connue, personne ne sait par contre que, peu avant sa mort, elle lègue à Henri 1er de Mesmes un coffret, fermé et sans la clé, avec l’ordre de ne jamais l'ouvrir, sous aucun prétexte. Elle seule sait ce qu’il contient.

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Coffret similaire à celui offert par Catherine de Médicis à Henri Ier de Mesmes et contenant le mystérieux talisman.

 

Ce monsieur de Mesmes, qui mourut en 1596 soit sept ans après la Reine, était conseiller d’Etat, magistrat et député de Paris. Étant très proche de la Reine, il n’est pas étonnant que celle-ci lui ait confié sur son lit de mort un aussi précieux cadeau.

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Henri Ier de Mesmes à qui Catherine de Médicis offrit son coffret avec l’ordre de ne jamais l’ouvrir sous aucun prétexte (estampe Claude Mellan – 1644 – Musée Beaux-Arts de Nancy).

 

Il faudra attendre l’an 1696, soit 107 ans après la mort de la Reine, pour découvrir, dans un opuscule paru à Londres et intitulé « L'art d'assassiner les rois, enseigné par les Jésuites à Louis XIV et à Jacques II », ce qui s’était exactement passé le jour de la remise du coffret : « Catherine de Médicis fit appeler Monsieur de Mesmes et lui confia une boîte métallique bien fermée à clef et lui dit qu’elle avait jugé à propos de lui remettre entre les mains ce sacré dépôt qui était le plus riche trésor qu'elle eût dans le monde, avec ordre de ne l'ouvrir jamais ni de le donner à personne, à moins que ce ne fût par son commandement signé de sa propre main. Elle engagea Monsieur de Mesmes à faire serment qu'il tiendrait parole, sous peine d'encourir sa haine et son indignation. La Reine étant morte sans retirer la boîte des mains de M. de Mesmes et celui-ci étant pareillement décédé, les héritiers de M. de Mesmes la gardèrent longtemps dans leur famille sans l'ouvrir ».

On sait que ce coffret était garni de velours à l’intérieur et avait été conservé à Laval (Mayenne) dans la famille de Mesmes, sans que personne ne trahisse la promesse que leur ancêtre fit à la Reine. Jusqu'en 1826, soit presque deux siècles et demi plus tard, date à laquelle la curiosité fut la plus forte !

Une chronique de l’époque évoque ce manquement à la parole donnée à la Reine : « Le temps, qui fait oublier toutes choses, rendit les descendants de M. de Mesmes assez curieux pour ouvrir le coffret, dans l'intention d'y trouver un trésor inestimable. La boîte étant ouverte, on trouva une chose qui fit horreur et produisit le dernier étonnement : c'était une médaille en métal inconnu, ovale, en forme de bouclier, semblable à celles que les anciens Romains consacraient à leurs faux dieux. La gravure de cette médaille représentait Catherine de Médicis faisant offrande au démon ».

Cet objet est qualifié de médaille : en réalité, comme il comporte de nombreux signes et symboles ésotériques, il s’agit en fait d’un talisman.

En faisant des recherches dans des documents anciens, je suis parvenu à trouver des informations sur cet étonnant objet dans le livre « Discours merveilleux de la pie, actions et déportements de Catherine de Médicis » d’un écrivain du nom d'Henri Estienne (1531-1598), contemporain de la Reine : « Cette Princesse portait toujours sur elle ce talisman. Il était de la façon et de la fabrique du sieur Régnier, fameux mathématicien qui passait pour magicien et en qui elle avait beaucoup de confiance. On prétend que la vertu de cet objet était pour gouverner souverainement et connaître l'avenir, et qu'il était composé de sang humain, de sang de bouc et de plusieurs sortes de métaux fondus ensemble sous quelques constellations particulières, qui avaient rapport à la nativité de cette Princesse. L'original de ce talisman, qui fut trouvé et cassé après sa mort, est à présent conservé au Cabinet de curiosités de l'abbé Fauvel qui l'a fait ainsi graver et copier très fidèlement ».

Ce texte appelle quelques remarques : le sieur Régnier, cité ici, est probablement la francisation du nom de Cosme Ruggieri, l'astrologue florentin de la Reine dont nous avons déjà parlé..., Reine que l’auteur Henri Estienne rabaisse, au passage, au rang de « Princesse » ! Le rite de consécration évoqué correspond bien aux rites de magie connus au Moyen Âge : sang humain, sang de bouc, métaux fondus ensemble à certaines dates pour bénéficier d'influences cosmiques particulières. Par contre, toutes les recherches en archives que j'ai personnellement menées pour retrouver la trace de cet abbé Fauvel et de son original du talisman sont, hélas, restées vaines. 

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Dessins de l'avers et du revers du talisman de la Reine, décrits par Henri Estienne dans son livre « Discours merveilleux de la pie, actions et déportements de Catherine de Médicis ».

 

Découverte d’un second exemplaire du talisman !

Vingt-deux ans plus tard, en 1848, on trouva un nouvel exemplaire de ce talisman à Baussy, près de Bayeux (Calvados). Edmond Lambert, bibliothécaire de la ville, déclare juste après l'avoir étudié : « Il est à peu près identique à celui de la famille de Mesmes. Ce talisman aurait été conçu par Jean Fernel d'Amiens, premier médecin d’Henri II, qui avait reçu de grands bienfaits de la Reine. Il lui aurait présenté cette médaille en guise d'étrennes parce qu'elle aimait les images symboliques et que, dans la plupart des fêtes qu'elle donnait à la Cour, elle faisait distribuer des médailles de cette sorte ».

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Jean Fernel d'Amiens, premier médecin d’Henri II, aurait conçu le talisman de la Reine.


L'existence de talismans différents prouve qu'il y a eu plusieurs séries fabriquées du vivant de Catherine de Médicis. Ce que confirment les chroniques de l'époque, qui font état de fêtes grandioses données par la Reine dans ses châteaux de Blois et de Chaumont-sur-Loire, fêtes au cours desquelles la Reine distribuait ses talismans aux invités !

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Catherine de Médicis organisait de grandes fêtes dans son château de Chaumont-sur-Loire, au cours desquelles elle distribuait ses talismans aux invités.

 

À quoi correspondent ces mystérieux signes ?

Pour Edmond Lambert : « Ce talisman se rapporte indubitablement au roi Henri II et à sa famille. À l’avers, sous la figure d'Isis à tête d'épervier, il faut voir Catherine de Médicis. Henri II, sous les traits de Jupiter, l'aigle placé dans ses jambes, tient le sceptre fleurdelisé d'une main et de l'autre un livre qui doit être celui du destin. Isis lui fait voir, dans un miroir magique qu'elle tient et lui présente, la destinée de ses enfants. L'exergue présente trois lettres couronnées et deux qui ne le sont pas, à savoir : F, initiale de François, dauphin, qui devint roi sous le nom de François II. K pour Karl, initiale de Charles, duc d'Orléans, qui fut roi sous le titre de Charles IX le 5 décembre 1580. A, initiale d'Alexandre, duc d'Anjou, puis d'Orléans, qui prit le nom d'Henri III en mémoire de son père, lors de son avènement au trône en 1574. MG, sigle de Marguerite de France, née en 1553, qui fut une des plus belles et des plus spirituelles personnes de son temps. C'est la première femme d’Henri IV, qui fut aussi la dernière des Valois. Le mot OXIEL est un souhait pour l'avenir, comme « Plût à Dieu que les choses se passent ainsi ». Au revers est reproduite une image de Vénus dans une complète nudité. HAGIEL, dans l'ouvrage d’Agrippa, confirme cette désignation de Vénus. La présence du sigle MG pour Marguerite de France prouve que le talisman trouvé à Baussy a dû être exécuté entre 1552 et 1554 ».

Il faudra encore attendre 90 ans pour que le chercheur Jean Marquès-Rivière donne, en 1938, dans son livre « Amulettes, talismans et pantacles », plus de précisions sur l'exemplaire de Laval : « Sur l’avers, la figure nue serait celle de Catherine de Médicis elle-même sous les traits de Vénus. Le revers nous présente un pantacle incontestablement jupitérien. Le dieu assis est Jupiter, ayant devant lui l'aigle de Ganymède. Un Génie à tête d'Anubis lui présente un miroir magique ».

En faisant personnellement des recherches complémentaires dans différents grimoires anciens, j’ai pu comprendre que si Catherine de Médicis consulte le miroir magique, c’est pour savoir ce que l’avenir va lui réserver. Elle est représentée sous la forme d’une femme à tête d'oiseau et pieds d'aigle, tenant une flèche : ces symboles sont caractéristiques de Vénus. Le roi qui lui fait face est Henri II, son époux, assis avec un aigle entre les jambes et tenant un sceptre dans sa main gauche : ce personnage incarne effectivement Jupiter.

Par ailleurs, j’ai découvert les interprétations des différents noms inscrits en majuscules. Ainsi, ANAEL est le nom de l’ange de Vénus et génie du vendredi (ce qui semble signifier que c’était probablement le jour le plus favorable pour fabriquer le talisman). HE est la 5e lettre de l’alphabet hébraïque, signe de la maternité divine. HANIEL représente l’archange de Vénus qui s’occupe des humains sur le plan sentimental et sexuel. EBVLEB caractérise BELZÉBUTH, le prince des démons. Enfin, ASMODÉE est le démon destructeur qui préside au signe du Taureau.

 

Un troisième exemplaire découvert !

À noter que, très récemment, en 1998, un troisième talisman a été trouvé, à l'aide d'un détecteur de métaux, sur la plage de Bray-Dunes, une station balnéaire du département du Nord, située à une vingtaine de kilomètres à l’est de Dunkerque. Cette trouvaille confirme qu’on doit pouvoir découvrir d’autres spécimens de ce talisman rarissime.

Quand on pense que la Bibliothèque nationale de France (BnF), dont la mission est de recueillir, conserver et enrichir notre patrimoine documentaire, ne possède même pas un exemplaire original de ce talisman, mais seulement un surmoulage de celui trouvé en 1826 dans le coffret de la famille de Mesmes à Laval ! On imagine alors la valeur que représenterait toute nouvelle trouvaille !

 

Pour en savoir plus sur les porte-bonheur

De nombreux objets ont, à travers les siècles, servi de porte-bonheur. Les spécialistes répartissent ces objets en deux catégories : les objets prophylactiques, censés prévenir une maladie et les objets apotropaïques, destinés à conjurer le mauvais sort (ou mauvais œil).

Voici les principaux porte-bonheur, classés dans l'ordre alphabétique.

 Amulette

Petit objet qu'on porte sur soi dans l'idée superstitieuse qu'il préserve des maladies, dangers, accidents, sortilèges, événements fâcheux, maléfices, souffrances physiques et morales.

 

Abrasax

Objet représentant un être monstrueux, avec une tête de coq, un corps d'homme dont la main droite tient un fouet et la gauche un bouclier, et des jambes en forme de serpents ! Chacune des parties du corps de cette entité monstrueuse avait sa raison d'être sur le plan symbolique : la tête de coq signifiait la vigilance, le bouclier la protection, le fouet l'autorité et les serpents le mystère de l'éternité.

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L’abrasax représente un être monstrueux, avec une tête de coq, un corps d'homme et des jambes en forme de serpents.

 

Charme

Formule d'incantation magique qui était censée donner une bonne protection. Par exemple, on répétait trois fois de suite, à voix haute : « Hax, pax, max » pour se protéger d’une attaque éventuelle d’un animal agressif.

 

Ex-voto

Objet symbolique que l'on porte sur soi ou que l'on place dans un lieu de culte, en accomplissement d'un vœu ou en remerciement d'une grâce obtenue : guérison d'une maladie, protection contre les naufrages, espoir de bonnes récoltes...

 

Fétiche

Objet, sculpté dans le bois ou la pierre, auquel on attribue un pouvoir magique capable d'attirer la chance et d'écarter les dangers. On l'appelle aussi « grigri ». Ce sont les colonisateurs occidentaux qui ont baptisé, par ce mot, les objets de culte qu'ils découvrirent chez les peuples dits primitifs.

 

Mascotte

Ce terme vient du provençal « mascoto » signifiant « protecteur de la maison ». À la fin du XIXe siècle, au moment de l’essor de l’industrie automobile, on donna même ce nom aux bouchons de radiateurs afin de protéger les conducteurs des dangers de la route !

 

Pantacle

Objet censé posséder des vertus magiques de protection contre les forces diaboliques.

 

Phylactère

Fragment de texte saint ou de relique qui sert de porte-bonheur. Il faut noter que ce terme désigne aussi les bulles des bandes dessinées dans lesquelles sont placés les textes !

 

Talisman

Objet sur lequel sont inscrits ou gravés des signes consacrés et auquel on attribue des vertus magiques de protection.


Un livre à lire : des centaines de porte-bonheur (et leurs vertus) à découvrir

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"Le Grand Livre des Porte-Bonheur" par Jacques Mandorla

Éditions Trajectoires

462 pages couleurs - 24,95 euros

 

Commentaires

Merci beaucoup pour cet article, je ne connaissais pas du tout ce côté de Catherine de Medicis... Vraiment interessant !

Écrit par : Myriam | 08/03/2013

Je ne connaissais pas du tout l'histoire de Catherine de Médicis et de ce talisman. Merci de cet intéressant article. L'histoire nous réserve encore bien des surprises !

Écrit par : paranormal | 06/09/2013

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