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28/01/2017

RADIESTHÉSIE

Affaire Jacques Aymar : quand la baguette de sourcier résout une énigme policière !

Par Jacques MANDORLA

Extrait du livre « La radiesthésie »

Éditions Trajectoire - 316 pages - Très nombreuses illustrations - 20 euros

En vente sur www.amazon.fr, www.fnac.fr et en librairie

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Ce fait divers extraordinaire défraya la chronique à la fin du XVIIe siècle. Tout commence le 5 juillet 1692 à Lyon. De bon matin, un marchand de vin constate que son voisin, qui exerce le même métier que lui, n’a toujours pas ouvert sa boutique.

Il avertit la police qui force alors la porte et découvre, dans la cave, les corps du propriétaire et de sa femme, assassinés à coups de serpe. Au rez-de-chaussée du magasin, le tiroir-caisse a été forcé et la recette volée.

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Jacques Aymar fut un baguettisant célèbre de la fin du XVIIe siècle.

 

Le sourcier entre en scène

L’enquête ne donnant rien, on décide de faire appel, malgré un certain scepticisme, à un paysan du Dauphiné, âgé d’une trentaine d’années et se nommant Jacques Aymar.

Sourcier réputé dans sa région, il trouvait des sources et pouvait même, dit-on, repérer la présence d’un homme dans un tonneau ! Par contre, lorsqu’il réussissait ses expériences, cela se passait toujours dans la souffrance : son corps tremblait et il se mettait à transpirer abondamment, comme pris d’une forte fièvre. Muni d’une attestation du curé de sa paroisse certifiant qu’il était bon catholique mais, en aucun cas, fou ou jeteur de sorts (sic !), Jacques Aymar arrive à Lyon. Il est tout de suite amené sur les lieux du crime.

Armé d’une baguette, il détecte un trajet invisible qui, d’après lui, aurait été emprunté par le criminel et se décide à suivre cette trace. Partant de la maison du crime, il traverse une partie de Lyon, passe sur la Saône, enjambe le pont du Rhône et pénètre dans un des quartiers de la ville : La Guillotière. Là, Aymar, toujours « guidé » par sa baguette, se dirige vers la maison d’un jardinier, tout étonné de voir arriver chez lui des policiers et des magistrats, précédés par un individu qui conduit le groupe au moyen d’une baguette !

 

Le coupable désigné par la baguette !

Dans la pièce principale, Aymar voit sa baguette pointer vers trois escabeaux, puis vers l'un des enfants du jardinier qui, tremblant de peur, témoigne alors avoir vu entrer dans la maison, le 5 juillet, trois hommes dont un bossu. Après lui avoir demandé à boire, ils s’étaient assis sur les trois escabeaux indiqués par Aymar puis étaient repartis en direction de Vienne, en longeant le fleuve.

La poursuite allait amener les enquêteurs, toujours précédés d’Aymar, à travers Vienne, Saint-Vallier, Tain, Valence, pour se terminer à Beaucaire. Là, Aymar se dirigea vers la prison où il fut pris de tremblements violents et désigna une cellule dans laquelle était enfermé... un bossu, arrêté le jour même pour avoir volé du pain chez un boulanger. Le bossu finit par avouer avoir assassiné, avec deux complices, le marchand de vin et sa femme ! Il fut roué vif place des Terreaux à Lyon, le 20 août, soit six semaines à peine après le double crime. L’enquête, grâce à Aymar et à sa baguette, avait été menée tambour battant.

Cette affaire eut un énorme retentissement dans toute la France et déclencha un engouement sans précédent pour la rhabdomancie, terme utilisé pour qualifier la technique de divination au moyen de la baguette de sourcier. Dès l’année suivante, en 1693, parurent de très nombreux livres sur le sujet : le plus célèbre fut celui de l’abbé de Vallemont dont nous allons parler un peu plus loin.

 

Un hommage mérité

Deux siècles plus tard, en 1880, le docteur Louis Figuier rendit, dans son livre Les mystères de la science, un hommage mérité au travail effectué par Aymar : « L’unique agent qui a découvert le criminel et qui l’a mis entre les mains de la justice, c’est un homme à baguette, le Dauphinois Jacques Aymar. Voilà des faits qui ont paru et qui doivent paraître encore réunir tous les caractères de certitude que peut exiger la foi humaine. Personne n’a donc hésité, à l’époque où ils se sont produits, à leur accorder pleine créance. On ne songea pas un moment à les mettre en doute, seulement on s’occupa beaucoup de les interpréter et chacun les commenta à sa manière. L’événement extraordinaire, dont la cité lyonnaise avait été le théâtre, eut donc pour résultat d’attirer vivement l’attention du public vers les merveilles de la baguette divinatoire. Ce n’était pas, en effet, la première fois que l’on entendait parler, en France, des usages de la baguette : elle était, depuis longtemps, populaire dans les campagnes. Mais elle avait été réservée, jusqu’à cette époque, à la solution de difficultés d’un ordre secondaire : à la recherche des eaux souterraines, à la détermination des limites contestées d’un héritage, en un mot au jugement des petits différends des campagnards. L’événement de Lyon vit agrandir tout d’un coup la sphère d’action et les applications de la baguette. Des hameaux, elle pénétra dans les villes, elle passa du vulgaire au savant. C’est, en effet, entre des hommes fort instruits que cette matière épineuse se traita à partir de cette époque et l’on mit à contribution, pour essayer de l’éclaircir, tous les systèmes de philosophie, de physique et de théologie qui étaient alors en faveur. Cela devait être, puisque la vertu de la baguette divinatoire, si longtemps considérée comme une superstition populaire, venait de prendre rang parmi les dispositions juridiques ».

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Le docteur Louis Figuier, auteur du livre "Les mystères de la science" paru en 1880, dans lequel il a écrit un vibrant hommage au baguettisant Jacques Aymar.

 

Les explications de l’abbé de Vallemont

À l’époque où eut lieu le fait divers, un auteur se distingua des autres par le retentissement qu’il donna à l’affaire Aymar : l’abbé de Vallemont, de son vrai nom Pierre Le Lorrain. Jésuite et professeur de physique au Collège Louis-le-Grand, il tenta d’expliquer l’affaire Aymar dans son ouvrage La Physique Occulte ou Traité de la baguette divinatoire.

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L'ouvrage de l'abbé de Vallemont, intitulé "La Physique Occulte ou Traité de la baguette divinatoire", est paru en 1693, une année seulement après le célèbre fait divers de Lyon.

Dans son livre, l’abbé a émis une hypothèse personnelle concernant la résolution de l'affaire au moyen de la baguette : pour lui, le tremblement de la baguette était dû au sourcier. Son explication était la suivante : des esprits subtils provenant de l’eau ou de l’homme (et spécialement résistants pour les criminels) passeraient dans les deux branches de la baguette de coudrier pleines de pores. Lors d’un crime, les atomes crochus de la victime et du criminel étaient exacerbés et se maintenaient en éveil. C’est pourquoi, sur le lieu du délit ou sur le passage du criminel, ils réagissaient. Pour l’abbé de Vallemont, c’est de cette façon que Jacques Aymar aurait élucidé l’affaire ! Le livre rencontra, dès sa sortie, un immense succès.

 

L'Église excommunie tous les baguettisants !

Huit ans plus tard, le 26 octobre 1701, l’Inquisition décide de mettre cet ouvrage à l’index, ainsi que tous ceux qui prônaient l’usage de la baguette. Elle confondait allégrement sourcellerie et sorcellerie ! De plus, elle décide d'excommunier toutes les personnes pratiquant l'usage de la baguette ! Mais cela n’empêcha pourtant pas l'éditeur de rééditer le livre de nombreuses fois.

Pour appuyer sa démarche, l’Église finance alors en 1702 le livre du Père Pierre Lebrun, prêtre de l’Oratoire, intitulé  "Histoire critique des pratiques superstitieuses qui ont séduit les peuples et embarrassé les savants" : dans cet ouvrage, l'auteur estime que la rhabdomancie est liée au démon et à la magie !

On rapporte qu’à la lecture de cet ouvrage, une demoiselle du nom d’Ollivet, qui avait le don de faire tourner la baguette sur les métaux et les eaux, fut totalement bouleversée. Très pieuse, elle pria alors Dieu de ne plus laisser sa baguette réagir dans ses mains. Et l’histoire raconte qu’elle fut exaucée...

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 L'ouvrage du Père Pierre Lebrun, intitulé "Histoire critique des pratiques superstitieuses qui ont séduit les peuples et embarrassé les savants", est paru en 1702.

Commentaires

Je pense que l'Eglise à vite fait d'excommunier tous ceux dont elle ne peut pas expliquer les performances, pour ma part je respecte les sourciers pour en avoir vu un à l'œuvre en Normandie; ces gens bénéficient d'un don de la nature que l'on ne peut pas leur contester.

Écrit par : ferrier | 06/09/2014

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En fait, c'est la personne qui est réceptive à ce qu'elle cherche : la baguette n'est qu'un prolongement de ses bras, une façon d'amplifier ses capacités, de les rendre visibles, car les mouvements intérieurs sont imperceptibles.

Écrit par : Aline | 06/09/2014

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Deux solutions:soit Aymar connaissait les assassins et la baguette a bon dos, soit cette histoire est très mystérieuse. Concernant l'église, il faut remarquer que l'abbé de la paroisse et l'abbé Vallemont ont l'esprit plus ouvert que l'institution. Institution qui se méfie de la magie ( surtout la noire) et qui pense bien faire, même si elle agit dans l'ignorance, en mettant ses brebis en garde.

Écrit par : thierry | 08/09/2014

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