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09/01/2013

GRANDS VOYANTS DE L'HISTOIRE

Raspoutine : illuminé, débauché, guérisseur et voyant

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Grigori Raspoutine (1872-1916), dont le nom vient du russe « raspoutsvo » (débauche), fut l'une des figures les plus controversées de l'histoire russe. Son influence sur le tsar et la tsarine fut telle qu'il sera assassiné.

Le jeune Grigori se serait révélé dès l'enfance comme un être à la sensibilité délicate, de tempérament fragile, mais d'une force spirituelle hors du commun. Doué d'un charisme extraordinaire, il séduisait les êtres qu'il côtoyait par son étrange regard fixe.

Il étonnait son entourage par son don inné de clairvoyance, prédisant avec justesse et précision les événements à venir, qu'ils soient fastes ou néfastes. On parlait aussi à mots couverts de son surprenant pouvoir de séduction sur les femmes qui succombaient toutes à son charme.

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Raspoutine aimait être entouré de nombreuses femmes sur lesquelles il exerçait son pouvoir de persuasion.

 

Selon les témoignages de ses ennemis, le jeune Grigori se livrait dès son plus jeune âge à la boisson et à la débauche. Mais, en même temps, il aurait possédé un ascendant exceptionnel sur les hommes et les bêtes dont il usait parfois pour le bien, mais surtout pour le mal. Doué d'une ruse naturelle hors du commun, il aurait été plus d'une fois pris en flagrant délit de vol et roué de coups, les autorités locales parvenant in extremis à l'arracher à la sévère justice des paysans.

 

Voyant et thaumaturge

À cette époque, d'innombrables vagabonds parcouraient l'immense Empire russe, vivant de l'hospitalité de ses habitants. Parmi eux des moines errants, des illuminés, des saints véritables. Raspoutine trouva refuge, quelque temps, dans un monastère où les autorités ecclésiastiques exilaient, pour les remettre dans le droit chemin, des prêtres dévoyés, pervers, criminels ou encore trop exaltés et s'étant livrés à des activités sectaires.

Grigori étonna les moines qu'il côtoyait par ses pouvoirs de persuasion et son indomptable volonté. Il apprenait par cœur des chapitres entiers des Saintes Écritures, pouvait réciter durant des heures des préceptes moraux, prêcher avec autorité et conviction.

Il pouvait se priver de nourriture et de sommeil durant des semaines, rester à genoux à marmonner des prières pendant des nuits entières. Cette conduite ascétique, considérée par son entourage comme celle d'un saint homme, lui valurent dans ce milieu pieux une très flatteuse renommée.

Raspoutine étonna également par ses surprenantes guérisons et ses étonnantes prophéties. Ainsi, en 1889, cinq ans avant l'avènement du tsar Nicolas II, il prédit à des intimes que celui-ci mourrait assassiné. À d'autres, il prophétisa « la fin de l'Empire russe dans 100 ans ».

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Cinq ans avant l'avènement du tsar Nicolas II, Raspoutine prédit que celui-ci mourrait assassiné.


Prédicateur itinérant

Après des années d'absence et après avoir parcouru des milliers de kilomètres, Grigori finit par rentrer chez lui. Sa femme et sa famille le reçurent comme l'enfant prodigue. En 1896, il s'autoproclama « Homme de Dieu » ! À partir de là, ses dons de guérison et de voyance lui attirèrent la sympathie de certains de ses compatriotes malgré l'anathème porté contre lui par le pope du village. On racontait, au cours des veillées, mille exploits attribués au saint homme : comment il guérit des animaux de ferme tombés malades, calma des chevaux fous, rendit la vue à un aveugle, permit à une femme stérile d'enfanter deux beaux enfants. Sa renommée était parvenue à Saint-Pétersbourg et l'Académie de la capitale annonça « qu'en Sibérie était apparu un prophète, un homme d'une clairvoyance divine, un parfait ascète, un faiseur de miracles du nom de Grigori ».

En quelques mois, Raspoutine devint la coqueluche des salons du tout Saint-Pétersbourg. Cette société élégante et oisive, vivant en vase clos, se passionnait pour les sciences occultes, la communication avec les esprits, les tables tournantes, les extralucides, les thaumaturges de tout acabit. Les femmes, auxquelles il était présenté, tombaient toutes sous le charme de son regard pénétrant. Grâce à elles, il se fit très vite quelques relations dont l'appui lui permit de se pousser plus avant dans le grand monde. Il succédait d'ailleurs à d'autres mages, un temps à la mode dans la capitale russe (comme nous l’avons évoqué dans un autre article), tels Maître Philippe de Lyon, Papus, le moine lliodore et quelques autres.

 

Il soulage le tsarévitch Alexis

La naissance en 1904 du tsarévitch Alexis fut pour la Russie, le tsar Nicolas II et son épouse, une époque heureuse et faste à laquelle succédèrent très vite la douleur et le drame, avec l'apparition chez Alexis des premiers symptômes de l'hémophilie (son sang ne coagule pas normalement). Appelée « maladie des rois », elle frappe essentiellement les individus de sexe masculin.

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Raspoutine utilisa ses capacités de guérisseurs pour soigner l'hémophilie dont souffrait Alexis, le fils du tsar.


Fragilisé par la tragédie de la défaite de l'Empire et sa tragédie familiale, le couple impérial se laissa subjuguer par Raspoutine qui parvint, en peu de temps, à exercer une influence incroyable sur le tsar et surtout sur son épouse. Les promesses de guérison de leur fils et les premières améliorations constatées chez l'enfant redonnèrent l'espoir aux monarques. Jouissant de la plus totale confiance de la tsarine, l'étrange moujik alla à sa guise dans la demeure, accéda librement aux chambres des quatre filles du tsar (les grandes-duchesses) et à celle du tsarévitch Alexis dont il soulagea à plusieurs reprises les douleurs, séduisit et lutina les servantes.

Persuadée que le saint homme pourrait sauver son fils de la terrible maladie, convaincue de la réalité de ses dons de thaumaturge et de voyance, certaine de la pureté de ses moeurs et de ses intentions, la tsarine lui accorda toute sa confiance. L'interrogeant souvent sur l'avenir du pays, sur la politique à suivre, sur la valeur ou la loyauté des serviteurs de l'État, Alexandra Féodorovna le laissera peu à peu s'immiscer dans les affaires de l'Etat et le défendra contre ses détracteurs de plus en plus nombreux.

 

Placé sous haute surveillance

Mais en 1908, le vent semble tourner. Des rapports effrayants émanant de l'Okhrana, la police secrète, circulent dans les plus hautes sphères de l'État. Stolypine, le président du conseil, ordonne une enquête et prévient l'empereur de son résultat. Afin d'éviter toute équivoque, Nicolas II donne des instructions pour que Raspoutine ne fréquente plus le palais sans nécessité absolue.

Les rencontres entre la tsarine et Raspoutine auront lieu désormais dans la maison d'Anna Viroubova, dame d'honneur et confidente. C'est une femme exaltée, adepte fanatique du Raspoutine et des sciences divinatoires et dont l’influence sur l'impératrice est immense.

Grâce à sa complicité active, le moine est au courant de tous les potins du palais et des affaires les plus intimes du couple impérial ce qui lui permet, lors des consultations en tête à tête avec Alexandra, de lui révéler des choses tellement précises que la naïve impératrice accepte comme des preuves irréfutables de ses dons de voyance.

Peu à peu, tous ceux qui, à un moment donné, ont cru dans la sincérité, la sainteté et le charisme de Raspoutine, se rendent compte qu'ils se sont trompés sur son compte. Mais la Tsarine refuse obstinément de lui retirer sa confiance. Elle croit fermement à ses pouvoirs surnaturels, à ses dons de guérison et de voyance, persuadée que lui seul peut sauver la vie du tsarévitch.

En 1911, comme la rumeur publique sur ses turpitudes enfle, Raspoutine estime qu'il vaut peut-être mieux s'éloigner pour quelque temps : il se rend en pèlerinage à Kiev, au Mont Athos (Grèce) puis à Jérusalem. Mais Alexandra le rappelle d’urgence : le tsarévitch est au plus mal. Cette fois, Raspoutine souhaite s'implanter durablement dans la place. Au cours d'une nuit de beuverie chez les tziganes, il profère à l'égard des souverains une prédiction menaçante : « Dieu a placé la famille impériale et la Russie sous ma seule sauvegarde. Si je venais à disparaître prématurément, le tsar, la tsarine et leurs cinq enfants périraient à leur tour dans la douleur et l'opprobre ».

 

Paroles prémonitoires

La Première Guerre mondiale offre un nouveau tremplin aux ambitions démesurées de Raspoutine. Devant cette situation incroyable d'un monarque omnipotent, maître de l'un des plus puissants empires de la planète, manipulé par un charlatan qui conduit le pays au désastre, quelques personnes se réunissent autour du jeune prince Félix Youssoupoff et décident secrètement d'éliminer Raspoutine. Dans la nuit du 29 décembre 1916, il est tué et son corps jeté dans la Néva. La nation soulagée applaudit.

Mais la guerre se poursuit, de plus en plus meurtrière, affamant et ruinant le pays, et cet acte de bravoure de quelques héroïques patriotes pour libérer la famille impériale du joug de son ange noir, ne la sauvera pas de la révolution qui gronde.

Au cours des mois qui suivent, alors que le pays court au désastre, Lénine s'empare du pouvoir et la sinistre prédiction de Raspoutine s'accomplira dans toute son horreur dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918 à Iekaterinbourg : le tsar Nicolas II, la tsarine, leurs cinq enfants et quelques proches, périront sauvagement assassinés par les bolcheviks, sur l'ordre très probable de Lénine.

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Les historiens pensent que l'ordre d'assassiner le tsar et sa famille est venu de Lénine lui-même.


Le verdict imparable de l’ADN

En 1990, les squelettes d’une partie de la famille impériale (Nicolas II, sa femme et trois de ses filles : Olga, Tatiana et Anastasia) sont retrouvés et exhumés, puis identifiés par une analyse ADN. Cette découverte met définitivement fin au mystère qu’avait fait planer, pendant plus de ans, une certaine Anne Anderson pourrait bien être Franziska Schwanzkowska, une ouvrière polonaise qui affirmait, depuis 1920, être la princesse Anastasia, la plus jeune fille de Nicolas II. D’ailleurs, en 1994, des tests ADN sont réalisés sur ce morceau d'intestin appartenant à Anna Anderson (décédée en 1984 aux États-Unis) et prouvent que Anna Anderson ne peut pas être Anastasia, ni même un membre de la famille Romanov. Jean des Cars, auteur de l'ouvrage « La saga des Romanov » apporte son témoignage : « Anna Anderson était une pauvre femme traumatisée physiquement et moralement par la guerre, à qui des escrocs avaient fait croire à son identité prestigieuse, totalement inventée, dans le but d'émouvoir, de convaincre et surtout de capter le magot impérial. À partir de sa ressemblance, ils lui ont fabriqué une mémoire avec assez d'habileté pour que certaines personnes succombent et valident l'invraisemblable. La malheureuse, en partie amnésique, avait sans doute fini par y croire elle-même, victime d'une monstrueuse manipulation, la pire puisque, à elle aussi, on répétait une supercherie ».

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En 1990 furent retrouvés les squelettes du tsar Nicolas II, de son épouse et de trois de ses filles.


Il manquait cependant les corps du tsarévitch Alexis, 13 ans, et de Maria, 19 ans, l'une des filles, qui auraient été brûlés comme le mentionne le rapport de Yourovsky qui a dirigé l'exécution en 1918. Après de nouvelles fouilles, les deux corps sont finalement retrouvés en août 2007. Et le verdict tombe le 30 avril 2008 lorsqu’un officiel russe annonce : « Le laboratoire de la faculté de médecine de l’Université du Massachusetts aux États-Unis a confirmé l’identité des deux corps retrouvés : il s’agit bien de ceux de la princesse Maria et du tsarévitch Alexis. Nous avons à présent retrouvé la famille au grand complet ».

Le 17 juillet 1998, soit 80 ans jour pour jour après leur mort, les restes de la famille impériale sont inhumés à la cathédrale Pierre-et-Paul de Saint en présence des descendants de la famille Romanov et du président Eltsine qui a déclaré que « cet assassinat était un acte barbare ». Le tsar et sa famille ont été canonisés par l’Eglise orthodoxe russe en l’an 2000.

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 La famille impériale au grand complet, à l'époque où tout leur souriait.