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14/02/2013

LA DÉCORPORATION OU LE MOTARD AVEUGLE

 aaa.jpegVIDEO EN FIN DE DOSSIER.

La décorporation ou le motard aveugle

                                             Par Ranky

 La conduite d’un véhicule les yeux masqués est une attraction classique, connue de tous les illusionnistes en animation commerciale.

En 1980, Jean-Marie Laforgue fait la une des journaux en réussissant à piloter un bolide de formule sport les yeux bandés ! Vitesse atteinte : 217 kilomètres à l’heure. A ses côtés, un observateur particulièrement compétent : Jacques Laffite ...MOTARD MASQUE 3.jpg
Quelques jours plus tard, en plein Toulon, Jean-Marie Laforgue réussit à conduire une voiture en aveugle. Il ne parcourt, certes, que quelques dizaines de mètres, mais c’est déjà un exploit...
En août 1992, Jean-Marie Laforgue, les yeux bandés, s’assied au volant d’une Rolls et remonte la Croisette à Cannes à midi, en pleine circulation !
La presse prodigue annonce qu’un film sur “l’exploit “ a été tourné pour l'émission "Mystères" (TF1) et sera diffusé le 4 février 1994.
Je téléphone aussitôt à la production de l’émission et précise que Jean-Marie Laforgue a peut-être utilisé un trucage d'illusionniste. Je propose les services du Comité d'Expertise afin contrôler ses éventuelles possibilités paranormales !
- "Ce n’est pas utile", me répond-t-on. "Nous sommes sûrs que Jean-Marie Laforgue est un véritable médium. Nous avons pris toutes les précautions. Il ne peut pas tricher. D’ailleurs nous avons engagé un huissier qui a tout examiné. Et puis c’est trop tard, le film est déjà tourné".
Rien à faire ! Impossible de discuter. Je m’en ouvre à Nicolas Maillard, un des journalistes de l’émission, qui perçoit immédiatement le danger et intercède en ma faveur. Les producteurs finissent par accepter un protocole d’expérimentation qui permettrait de tester Jean-Marie Laforgue sur le plateau même du tournage, en direct, tout de suite après la projection du film.
Claude Géraldy, un collègue du Comité, et moi-même mettons au point un test extrêmement simple devant nous permettre soit d’authentifier, soit de démentir le pouvoir paranormal du sujet. Mais Jean-Marie Laforgue refuse, sous prétexte qu’il n’a pas été prévenu suffisamment à l’avance et n'a donc pas pu se mettre en condition de décorporation. Le jour de l'émission, il  fait donc son apparition dans le champ des caméras en parcourant 4 mètres 40, laissant croire à une continuité du film tourné en extérieur.
Claude Géraldy et moi-même avions conscience que tout avait été mis en oeuvre afin de “faciliter” l’exploit. Et que nous avions été piégés!
Le film de “ l’exploit”  du motard masqué a été diffusé tel que les producteurs l’avaient décidé. Jean-Marie Laforgue a parcouru environ 9 kilomètres en “ aveugle”.
Dès la fin de la projection nous déclarons en direct sur le plateau que le déroulement de l’expérience laisse supposer une possibilité de fraude. En effet, la prestation est, en tous points, identique à celle des illusionnistes.
Bien que notre opinion fût faite, notre éthique nous interdisait de dénoncer sans preuve. Nous déplorions que le montage final de l’émission laissât planer un doute dans l’esprit de plus de onze millions de télespectateurs.
Nous demandons alors à Jean-Marie Laforgue de se soumettre à un protocole dont nous lui communiquerons les termes en temps voulu et qui démontrera, s’il les  possède, ses véritables capacités Psi.
Dans France-Soir, le motard aveugle persiste : “ Il n’y a pas de supercherie. Il s’agit des techniques tibétaines de sortie de corps qui nécessitent une intense préparation. Dailleurs, je ne m’amuserais pas le faire tous les jours !”

LA CONTRE-EXPERTISE
MOTARD MASQUÉ 7.jpg10 février 1994,  11 heures. La rue Vauthier est fermée à la circulation. L’équipe de télé de “Mystères” est sur le pied de guerre. Les caméras sont en place. La presse écrite est présente. Jean-Marie Laforgue se concentre afin de réaliser son exploit. Claude Géraldy, Pierre Edernac, un autre confrère et moi-même avons placé sur les yeux du motard deux balles de mousse, puis du coton, le tout maintenu en place par du sparadrap noir. La cagoule n’est pas utile, mais elle lui est tout de même enfilée sur la tête. Dans ces conditions Jean-Marie Laforgue ne peut pas voir. Pendant que Géraldy et Edernac restent près de Laforgue en train de se concentrer, je fais disposer dans la rue des voitures en épis et en chicane.
Après une longue attente, qui a surtout pour effet de faire monter la tension chez les producteurs qui croient encore au miracle, Jean-Marie Laforgue enfourche une moto 125 cm3 et, après deux minutes, met le moteur en marche. Laforgue démarre et, quatre mètres plus loin, percute le premier petit fourgon mis en travers de la route. Il tombe sur le côté, se relève, demande à s’isoler pour retrouver sa concentration. Nous acceptons. Claude Géraldy s’assied près de lui sans prononcer un mot. Au bout de quarante minutes, Jean-Marie Laforgue déclare forfait en invoquant des pressions extérieures, une concentration insuffisante, des ondes négatives.

En réalité, il n’a pas pu mener à sa guise le déroulement normal de cette épreuve. Il nous a suffit de décaler un élément dans la progression du trucage de cette belle expérience d’illusionnisme pour démonter la supercherie et prouver, par la même occasion, l’utilité indéniable de demander l’avis d’illusionnistes compétents lors de toute manifestation dite paranormale.

L'excellent présentateur Alexandre Baloud s' était engagé à mettre en place un contrôle sévère pour les émissions suivantes qui seraient ainsi devenues des plus enrichissantes. Malheureusement, certains grands esprits moralisateurs ont profité de l'occasion pour obtenir leur suppression. Et là, nous ne sommes pour rien dans la disparition de l'émission !


UN MOT SUR L'EMPLOI DES HUISSIERS DE JUSTICE

Il y a lieu de dire un mot sur l’emploi des huissiers. Lorsqu’un illusionniste, pour réaliser un numéro, demande la caution d’un huissier, c’est bien évidemment pour renforcer l’effet du tour, mais aussi quelquefois pour l’utiliser comme complice involontaire.

En fait, le numéro de conduite sans visibilité d'un véhicule commence dès l’expertise du matériel par un huissier. L’illusionniste dirige les opérations et fait examiner rapidement le coton, le sparadrap, puis plus longuement le bandeau. Il n’y a rien à voir. Il n’y a rien de truqué. La cagoule est posée sur la tête de l’huissier. Pas de doute, elle est opaque. Et pourtant elle est truquée. C’est même le seul élément truqué du tour. Mais le trucage est très subtil et l’huissier constate qu’il est impossible de voir au travers de la cagoule.

Devant tout le monde, il scelle les objets dans une grande enveloppe qu’il emporte chez lui. Le voici maintenant complice involontaire de l’illusionniste dont il protège le matériel truqué. Plus personne n’aura accès à cette enveloppe jusqu’au tournage de l’émission. Là, sont remis, un par un, au “médium” les éléments nécessaires à l’occultation de sa vision, à charge pour lui de faire fonctionner le système ingénieux de la cagoule et de libérer un espace de visibilité largement (c’est le mot) suffisant pour parvenir à se déplacer. Le sparadrap et le coton appliqués sur les yeux ne posent aucun problème. Ils font partie du travail ordinaire du magicien. En fait, plus l’illusionniste semble apporter des preuves de trucages impossibles, plus il y a lieu de se méfier. Mais ça, c'est le métier !

Alors, Jean-Marie Laforgue, bravo pour votre tour de magie ! Il ne vous reste plus qu’à avouer publiquement votre mensonge concernant vos “pouvoirs paranormaux”, et votre superbe prestation restera dans l’histoire de la prestidigitation comme un fabuleux coup médiatique.

VOIR LA VIDEO DE LA CONTRE-EXPERTISE (2 minutes 09)