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20/07/2019

MA RENCONTRE EXTRA-ORDINAIRE AVEC DIDIER AUDINOT

Ma rencontre avec Didier AUDINOT, chercheur de trésors par Jacques Mandorla

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Didier Audinot, historien, homme de presse et chercheur de trésors.

 

BIO-EXPRESS

À l'âge de 13 ans, Didier Audinot découvre au fond du jardin familial une arme enterrée durant l'Occupation. Cette première trouvaille forge sa vocation. Il se plonge alors dans la lecture des vieux grimoires, à l'affût du moindre indice pouvant le mettre sur la piste de trésors oubliés. Plus tard, diplômé d'histoire et d'archéologie, il se spécialise dans la détec­tion électronique et se met à importer en France plusieurs marques anglo-saxonnes de détecteurs, appelés aussi « poêles à frire » ! Sa vocation devenait alors son métier. Didier était aussi un homme de presse : il avait lancé deux magazines « Trésors de l’Histoire » en 1980 et « Trésors et Détection » en 1990. Il nous a quittés en juin 2011 à seulement 56 ans.

 

MA RENCONTRE

J’avais contacté Didier en 1995 pour lui demander d’écrire des articles sur les trésors dans l’encyclopédie du paranormal FACTEUR X dont j’étais le conseiller éditorial. Un peu, plus tard, il m’a amicalement demandé de préfacer son « Manuel de Détection et de Chasse aux Trésors » qui révèle les techniques permettant d'exhumer d'authentiques trésors. Puis, je l’ai interviewé en 1996 pour FACTEUR X.

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Jacques Mandorla - Qu'entendez-vous par « trésor » ?

Didier Audinot - La définition la plus exacte reste celle proposée par l'article 716 du Code civil : « Un trésor est toute chose cachée ». Contrairement à l'image d'Épinal, le trésor ne se présente pas nécessairement sous la forme d'un butin de monnaies et de bijoux précieux. Par exemple, la grotte ornée de Vallon-Pont-d'Arc, qui a été découverte par des autodidactes, est aussi un trésor, au sens historique du terme. J'ai moi-même trouvé des documents anciens d'une grande valeur historique. Ils étaient généralement cachés dans de faux livres ou sous des tabliers de cheminée, creux et faciles à ôter.

JM - Existe-t-il encore beaucoup de trésors à découvrir en France ?

DA - Après plus de 25 ans de carrière, je suis toujours surpris de constater que je découvre encore, chaque année, des trésors inédits par dizaines ! En estimant qu'à chaque génération fran­çaise un million de personnes sont susceptibles d'avoir caché leurs économies, cela représente 66 millions de trésors cachés depuis l'époque gallo-romaine ! C'est considérable et quoi qu'il arrive, bien supérieur à ce qui a pu être découvert jusqu'ici.

JM - La France a connu dans son histoire des périodes très mouvementées. Lesquelles sont les plus riches en trésors ?

DA - L'époque la plus riche en trésors enfouis reste celle des grandes invasions barbares, survenues en Gaule aux Ier et Ve siècles de notre ère. Pour éviter que leurs biens ne soient pillés, des cent­aines de milliers de riches gallo-romains enterrèrent or, argen­terie et bijoux avant de prendre la fuite. Le plus souvent, ils ne revinrent jamais les chercher !

Personnellement je préfère d'autres périodes, également très généreuses en fortunes cachées : le Moyen Âge (en 1307, lors de l'arrestation des Templiers de France, des milliers de commanderies dissimulè­rent soigneusement leurs trésors) ou le XVIe siècle, quand les guerres de religion faisaient rage. Une multitude de trésors furent enfouis aussi bien par des grandes familles de France que par de simples paysans...

Mais ma période favorite est la Révolution française. La noblesse émigra massivement, lais­sant derrière elle, dans toutes les régions de France des trésors très précieux, souvent constitués de monnaies d'une très gran­de valeur. Aujourd'hui, je consacre la majeure partie de mes investigations aux trésors datant cette période.

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Jacques de Molay, le dernier Grand Maître des Templiers, fut brûlé vif en place de Grève en 1314, sur ordre du roi Philippe IV le Bel.

JM - Les grands trésors mythiques - comme celui des Templiers ou des Cathares - sont recherchés depuis fort longtemps. Comment expliquez-vous qu'ils n'aient toujours pas été découverts ?

DA - Il y a à cela plusieurs raisons. D'abord, cela fait seulement une quinzaine d'années qu'on utilise du matériel de détection élec­tronique pour rechercher les métaux enfouis. Le grand trésor de l’Ordre du Temple est convoité depuis le XIVe siècle :  beaucoup de chercheurs sont sans doute passés très près. Mais, faute de moyens de détection moderne, ils se sont trouvés dans l'impos­sibilité matérielle de vérifier leurs hypothèses concernant la cache éventuelle.

De nombreux petits trésors de commande­ries ont bien été découverts, mais jamais le trésor de l'Ordre lui même. Il en va de même concernant les dépôts de la commu­nauté cathare et les nombreux trésors nazis. La seconde raison, c'est que beaucoup de chercheurs s'y prennent mal. Les candi­dats à la fortune sont nombreux, mais beaucoup sont obnubi­lés par de fausses pistes, ce que l'on appelle des leurres dans notre jargon. Il faut se méfier des dossiers trop bien ficelés que l'on trouve dans les ouvrages destinés au grand public...

JM - Quels conseils donneriez-vous à un chercheur de trésors « en herbe » pour qu'il augmente ses chances de réussite ?

DA - Deux règles de travail sont absolument fondamentales et conditionnent à elles seules le résultat des recherches. La pre­mière règle, c'est d'apprendre à chercher par soi-même, à foca­liser son attention sur les renseignements que nos propres inves­tigations livresques peuvent nous apporter. Il n'est pas un ouvrage d'Histoire locale ou régionale qui ne dévoile quelques pistes inédites et parfaitement exploitables grâce au matériel de recherche moderne. Là se trouvent les vrais trésors.

La seconde règle, c'est d'être curieux et d'avoir l'œil furtif. Au cours de ma carrière, je me suis aperçu qu'à toutes les périodes de l'Histoire les gens font preuve d'une extraordi­naire ingéniosité pour aménager des caches dans des endroits les plus saugrenus.

En Normandie par exemple, il est courant que de simples tas de pierres placés au bord des chemins recè­lent des trésors très anciens. Personne n'aurait songé à y cher­cher quelque chose. Certains de ces pierriers n'ont pas bougé depuis l'époque gauloise !

Parfois c'est un simple symbole gravé sur un vieux mur, et près duquel des centaines de per­sonnes sont déjà passées sans s'interroger, qui vous donnera l'exact emplacement d'un trésor inédit.

Pour être chercheur de trésors, il faut avoir gardé quelque part une âme d'enfant. Les enfants fouinent partout. D'ailleurs, ils font souvent des découvertes intéressantes. En 1954 à Saint-Wandrille (Seine­-Maritime), trois jeunes scouts, fouillant dans un mur de l'ab­baye couvert d'inscriptions, découvrirent 3 pots remplis au total de 501 pièces d'or d'époque Louis XV, toutes très rares. Il y en avait pour une fortune. Durant rois siècles personne n’avait songé à chercher ce qui pouvait se cacher derrière ces signes. Autre exemple plus récent : les 400 pièces en argent d’époque Louis XIII qu’un enfant de deux ans et demi, prénommé Adrien, a découvert en novembre 1997 en forêt de Domont (Val d’Oise).

JM - Parmi les amateurs de trésors, certains se spécialisent dans la recherche des pépites d'or et des météorites. Y a-t-il dans ces cas­-là une technique de détection spécifique ?

DA - Non. Les pépites sont en or pur et les météorites sont compo­sées de métaux rares. Les détecteurs de métaux répondent donc très bien à ce genre de cibles. Par exemple, la météorite de l'Aigle, qui est tombée sur l'Orne au début du XIX' siècle, a laissé un nombre incalculable de débris.

Ils sont enterrés à peu de profondeur dans la campagne. Comme l'on connaît bien le périmètre « bombardé », la recherche est aisée. Certains de ces trésors stellaires valent plus que leur poids en métal jaune. Quant à l'or natif, il en existe deux catégo­ries : l'or des rivières, toujours accumulé dans des endroits spécifiques que sont les placers, et l'or en pépite, arraché des entrailles de la terre par les mouvements tectoniques. On a ainsi déterré dans un champ des Avols en Ardèche plusieurs pépites d'or pur pesant chacune près de 400 grammes. Elle étaient enfouies à peu de profondeur et grosses comme des pommes de terre ! Là où ces pépites ont été découvertes, il y en a nécessairement d'autres à exhumer.

JM - Dans vos ouvrages, vous révélez au public l'existence de milliers de trésors insoupçonnés. Vous en réservez-vous quand même quelques-uns ?

DA - Non, j'ai pris le parti de tout livrer au public, sans voile et avec la plus grande sincérité. Mais, bien sûr, je poursuis mes propres recherches : je travaille constamment sur quatre ou cinq dos­siers par an. Cela constitue mon « jardin secret ». Ces pistes ne sont pas connues du public et devraient me conduire à des for­tunes considérables. Il s'agit d'affaires singulièrement com­plexes, donc très lentes à exploiter. Cela dit, il m'arrive aussi de me rendre sur des sites mentionnés dans mes guides... et d'y trouver des éléments de dépôts, voire même des trésors, alors que d'autre chercheurs étaient passés avant moi. C'est le métier peut-être...

JM - Quelle est la trouvaille dont vous soyez le plus fier ?

DA - Il y en a plusieurs. L'une d'entre elles, c'est la découverte d'un dépôt de pièces d'argent enterré en forêt vers 1430, en pleine épopée de Jeanne d'Arc. D'un strict point de vue financier, ce trésor n'avait pas une grande valeur... mais la découverte de monnaies si anciennes n'a pas de prix. Elle nous permet de toucher du doigt l'Histoire elle­-même. Bien sûr, certaines trou­vailles procurent des satisfactions d'un tout autre ordre... comme ces napoléons en or que j'ai retrouvés dans la maison d'un vieil économe il y a une vingtaine d'années.

JM - Quelle est votre plus grande déception ?

DA - Oh, c'était en 1977. Avec trois coéquipiers, nous nous trou­vions à Doullens dans le département de la Somme, sur le site d'une très belle forteres­se militaire Renaissance, prise et reprise par les Français et les Espagnols au XVIIe siècle. Le détecteur de métaux se mit à sonner alors que nous parcourions les anciennes coursives souter­raines. À l'emplacement qu'il indiquait, nous découvrîmes tout un atelier de faux-monnayeurs : des coins à frapper, des emporte-pièces très rares, des maillets et des monnaies terminées. Cet atelier devait appartenir à des Espagnols qui occupaient cette région sous le règne de Louis XIII. Nous avons naïvement laissé en dépôt notre trouvaille à l'un des membres de l'association de sauve­garde de la citadelle... sans même demander un reçu. Depuis, elle a disparu de la réserve communale où elle avait été stockée, juste au moment où nous tentions de faire valoir nos droits. Quand on pense que l'Hôtel des Monnaies à Paris ne possède pas, lui-même, d'atelier com­plet datant de cette époque !

JM - Comment définiriez-vous l'art de découvrir des trésors ?

DA - C'est l'art de déchiffrer les signes que nos ancêtres ont dissémi­nés ici ou là. Le problème quand on cache quelque chose, c'est de le retrouver : nos ancêtres le savaient bien. C'est pourquoi ils dissimulaient leurs trésors dans des endroits significatifs : un carrefour de chemins, des monuments anciens et isolés, où ils laissaient le plus souvent des repères discrets mais visibles. Rechercher un trésor, c'est amusant comme un jeu de piste... et, en plus, cela peut faire de vous un homme riche !

 

Prochain article : Ma rencontre extra-ordinaire avec MYSTAG, illusionniste par Ranky

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