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18/10/2015

HISTOIRE ET PARANORMAL

Le mystère des reliques (1ère partie)

Par Jacques MANDORLA

Auteur de "Comment prier les saints guérisseurs", "Le Grand Livre des Porte-Bonheur", "66 tests pour développer vos capacités paranormales", "60 trésors fabuleux à découvrir", "ABC du magnétisme" et "ABC de la radiesthésie"

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Dans toutes les croyances du monde, on vénère depuis l’Antiquité les restes physiques ou les objets de prophètes et de saints. Malheureusement, ces reliques étant excessivement rares, de nombreux faux sont proposés à l’adoration des foules et à la vente aux collectionneurs ! Voici un inventaire de ces trésors vénérés par les croyants.

Le mot « reliques » vient du latin « reliquiae » qui signifie « les restes ». Dans notre Occident chrétien, le culte des reliques remonte à la crucifixion de Jésus-Christ après laquelle ses apôtres ont conservé précieusement des morceaux de la croix, des clous, des linges… Ainsi, le célèbre suaire de Turin, qui aurait enveloppé le corps de Jésus après sa mort, est considéré comme une relique par l’Église catholique (lire, sur ce blog, l'article : "Le linceul de Turin : faux génial ou réelle empreinte du Christ ?").

Ce culte des reliques n’a fait que s’accentuer avec la politique de persécution déclenchée par l’empereur romain Dioclétien en l’an 303. Mais dix ans plus tard, le christianisme a fini par être adopté comme religion personnelle par l'empereur Constantin Ier, ce qui facilitera ensuite la conversion d’une grande partie du peuple de l’Empire romain.

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Le tableau de Jean-Léon Gérôme « Dernières prières des martyrs chrétiens » évoque la persécution ordonnée par l’empereur romain Dioclétien en l’an 303 (1885 - Walters Art Gallery, Baltimore, USA).

L'Église catholique a élaboré, à l’intention de ses fidèles, une classification précise des reliques :  elles sont dites « insignes » lorsqu'elles sont de grande dimension et qu'il s'agit d'une partie noble de la personne (corps entier, tête...), « notables » quand elles ne concernent qu’une partie du corps (mains, pieds...) et enfin « exiguës » si elles se réfèrent seulement à des morceaux du squelette (dents, doigts, os...).

 

Des reliquaires de toutes formes

Dès les premiers siècles du christianisme, afin de répondre à la forte demande des fidèles qui souhaitent vénérer des reliques de Jésus et de saints martyrs, on assiste à un double phénomène : le démembrement des reliques, puis leur translation. Le démembrement consistait en une sorte de dépeçage des cadavres des saints :  les squelettes étaient, en effet, divisés en de nombreux morceaux (crâne, vertèbres, doigts…) afin de pouvoir disposer d’un maximum de reliques. Puis on pratiquait la translation, c’est-à-dire le déplacement de ces différentes reliques de leur lieu d’origine vers d’autres endroits de dévotion, ce qui permettait d’augmenter le nombre de points de rassemblement des fidèles.

Pour pouvoir transporter ces reliques, l’usage veut qu’on utilise des contenants spécifiques, appelés tout naturellement reliquaires. En général, ils sont offerts par de riches donateurs souhaitant, par ce geste, s’attirer une protection divine. Dès le Ve siècle, en Gaule, on conçoit des « châsses » (du latin capsa, coffre), imposants reliquaires-sarcophages qui contiennent une grande partie soit du squelette soit du corps momifié, et qu’on place sous l’autel des nouvelles églises construites en l’honneur du saint à vénérer.

La châsse la plus connue est celle de Sainte Geneviève, devenue célèbre pour avoir empêché les Huns de conquérir Paris en l’an 451. Cette châsse, dans laquelle a été déposé le corps de la sainte à sa mort en 512, a fait l’objet de processions chaque fois que le peuple de Paris devait traverser des épreuves : ce fut ainsi le cas en l’an 1130, sous le règne de Louis le Gros, lorsqu’on adressa des prières à la sainte afin qu’elle délivre des milliers d’habitants de la capitale atteints du « mal des ardents », dont les symptômes sont des crises de folie et des hallucinations (on sait aujourd’hui que le responsable était un champignon, nommé ergot, présent dans le seigle… et qui, traité chimiquement dans les années 1960, donnera le LSD !).

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En l’an 1130, le peuple de Paris pria la sainte pour être délivré du « mal des ardents », maladie due à l’ergot de seigle (tableau de Théodore-Pierre-Nicolas Maillot - 1885 - Panthéon, Paris).

Au Moyen Âge, on se met à sceller chaque reliquaire dans une niche, appelée loculus et placée à l'intérieur de l'autel, ce qui permet de lutter ainsi contre le vol ! Puis, l’habitude est prise de sortir les reliques de leur cache, afin de les montrer aux fidèles (ce qu’on appelle une « ostension ») au cours de processions destinées, en réalité, à collecter des fonds ! Pour cela, on crée des reliquaires portatifs, appelés « monstrances », car ils vont à la rencontre des fidèles. Lors de ces cérémonies, il n’était pas rare qu’on signale l’apparition de miracles.

Puis apparaissent des statues-reliquaires, dont  la plus connue est celle de l’abbatiale Sainte-Foy de Conques (Aveyron) : elle a été réalisée au IXe siècle sur une âme en bois d’if, recouverte de plaques d’or et d’argent, et ornée d’émaux cloisonnés et de pierres dures. Elle contient les restes d’une jeune fille de 13 ans, prénommée Foy et persécutée en 303 à Agen, en application de l'édit proclamé cette année-là par l’empereur romain Dioclétien.

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La statue-reliquaire de Sainte-Foy de Conques (Aveyron) a été réalisée au IXe siècle sur une âme en bois d’if, recouverte de plaques d’or et d’argent, et ornée d’émaux cloisonnés et de pierres dures.

Quelques siècles plus tard sont créés des reliquaires dits « topiques », c’est-à-dire épousant la forme de la relique qui se trouve à l’intérieur : bras, main, doigt, tête ou jambe. L’un des plus beaux reliquaires topiques français a été façonné en 1700 par l’orfèvre rennais Jean Buchet : il s’agit d’un bras-reliquaire en argent, exposé dans l’église de Saint-André-des-Eaux (Loire-Atlantique) et contenant des fragments d'os de saint Magne et saint Gonnery. En pleine période de sécheresse, les habitants de la ville invoquaient ces saints, afin de faire tomber la pluie.

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Le reliquaire topique de l’église de Saint-André-des-Eaux (Loire-Atlantique)est un bras-reliquaire en argent contenant des fragments d'os de saint Magne et saint Gonnery.

À partir de 1793, pour lutter contre la destruction quasi systématique des reliquaires anciens par les révolutionnaires, l’Église privilégie les contenants de corps entiers, soit embaumés soit miraculeusement bien conservés (phénomène nommé « incorruptibilité »). Ces grands reliquaires sont pourvus de vitres afin que les fidèles puissent voir la dépouille du saint. Comme celle de Bernadette Soubirous (1844-1879), sainte béatifiée en 1925 à Lourdes. Sa châsse, faite de verre et de bronze, est aujourd’hui exposée dans la chapelle Saint-Gildard à Nevers.

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Le corps intact de Bernadette Soubirous, sainte béatifiée en 1925 à Lourdes, repose dans une châsse vitrée de la chapelle Saint-Gildard à Nevers.

 

L’énorme marché des fausses reliques

Dès le VIe siècle, la demande de reliques est telle que le démembrement des squelettes des saints ne suffit plus ! Résultat : des faux se mettent à apparaître dans tout l’Occident ! Ainsi, une association spécialisée dans la vente des fausses reliques a pu être démantelée en l’an 835 à Rome : son responsable, un diacre du nom de Deusdona, n’hésitait pas à voler des ossements dans les catacombes et les cimetières de la ville pour les vendre ensuite dans toute l’Europe comme des reliques de saints martyrs ! Il avait tellement de succès qu’il était même devenu le fournisseur exclusif de la Cour d’Aix-la-Chapelle !

Il ne faut donc pas s’étonner si on a fini par trouver, dans différents lieux de culte à travers l'Europe, un inventaire à la Prévert : 12 têtes et 60 doigts de saint Jean, 15 bras de saint Jacques, 30 corps de saint Georges, 6 seins de sainte Agathe ou 3 têtes de saint Rémy ! Pourtant, ces multiplications aberrantes de la même relique semblaient ne pas gêner les fidèles de l’époque !

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En l’an 835 à Rome, un diacre du nom de Deusdona n’hésita pas, afin de répondre à la demande, à voler des ossements dans les catacombes et les cimetières de la ville, puis à les vendre comme reliques de martyrs !

En 1215, le pape Innocent III profite du IVe Concile du Latran pour décréter : « Les reliques anciennes ne pourront être exposées que dans un reliquaire et aucune ne pourra être mise en vente. Quant aux reliques nouvelles, personne ne les exposera à la vénération publique avant qu’elles n’aient été approuvées par le pape ». Si le pape parle de vénération et non d’adoration, c’est parce que la religion catholique enseigne que seul Dieu est digne d’être adoré.

La réaction la plus virulente viendra du théologien et pasteur français Jean Calvin (1509-1564), dans son livre « Le traité des reliques » paru en 1543 et inscrit, dès sa sortie, à l’Index des livres interdits : « C’est une chose notoire que la plupart des reliques qu'on montre partout sont fausses et ont été mises en avant par des moqueurs qui ont impudemment abusé le pauvre monde. Si on voulait ramasser tout ce qui s'est trouvé de pièces de la vraie croix, il y en aurait la charge d'un bon grand bateau. Partout où il y a une église qui porte les noms de Saint Pierre ou Saint Paul, il y a des reliques. Si on demande lesquelles, qu'on se souvienne de la cervelle de saint Pierre qui était conservée dans le grand autel de la ville de Genève : on trouva une pierre ponce. Ainsi en est-il des reliques : tout y est si brouillé et confus qu'en voulant adorer les os d'un martyr, on risque d'adorer les os de quelque brigand ou larron, ou bien d'un âne, d'un chien ou d'un cheval ».

On comprend pourquoi, après cette attaque de Calvin contre les reliques et après la Réforme protestante, seuls les Catholiques et les Orthodoxes ont perpétué le culte des reliques.

 

Les nombreuses reliques de la Passion de Jésus-Christ

En avril 1204, lors de la Quatrième croisade, le siège de Constantinople est l'occasion, pour les Croisés, de voler les trésors des églises d'Orient, et plus particulièrement les reliques.

Pour les Catholiques, les plus importantes sont celles liées à la mort de Jésus-Christ et appelées « reliques de la Passion » : la Sainte Couronne (la couronne d’épines posée sur la tête de Jésus), la Sainte Lance (avec laquelle un soldat romain perça le flanc du Christ), le Saint Sang (recueilli après sa mort), le Saint Prépuce (morceau de chair provenant de la circoncision de Jésus enfant !), la Sainte Croix (sur laquelle Jésus-Christ a été crucifié), les Saints Clous (qui ont maintenu Jésus attaché sur cette croix)...

Peu de gens savent que l’empereur Charlemagne portait en permanence, autour de son cou, un pendentif contenant un morceau de la Sainte Croix en guise de porte-bonheur.

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Reliquaire en argent doré, émaux champlevés et cuivre doré, contenant un morceau présumé du bois de la Sainte Croix, sur laquelle Jésus aurait été crucifié (vers 1160 - Musée du Louvre).

La plus célèbre relique de la Passion de Jésus se trouve à Paris : il s’agit de la Sainte Couronne, acquise en 1239 par Louis IX, plus connu sous le nom de Saint-Louis.

L’année précédente, Baudouin II (le dernier empereur latin de l’Empire romain d’Orient), à court d’argent, est contraint d’emprunter une somme considérable à un riche marchand vénitien du nom de Nicola Quirino, auquel il remet en gage la précieuse relique. À la date d’échéance, ne parvenant pas à rembourser, Baudouin II s’adresse à Saint-Louis dont il connaît l’engouement pour les reliques. Le roi de France accepte alors d’honorer les dettes abyssales de Baudouin II en rachetant la Sainte Couronne pour 135 000 livres tournois de l’époque (environ 5 millions d’euros aujourd’hui) !

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Tableau « Ecce homo » peint par l’artiste hollandais Pierre-Paul Rubens, montrant la couronne d’épines enserrant la tête de Jésus-Christ (1612 - Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg).

Le 11 août 1239, la Couronne, portée sur leurs épaules par le Roi et l’un de ses frères, Robert Ier d’Artois, tous deux pieds nus en signe d’humilité, est conduite en procession jusqu’à la cathédrale de Sens. Elle est ensuite solennellement accueillie à Paris huit jours plus tard et placée dans la cathédrale Notre-Dame. Puis Saint Louis fait édifier en 1248 la Sainte-Chapelle dans l'île de la Cité pour abriter la précieuse relique, où elle est toujours conservée.

Entre temps, en 1241, le roi parvient à acquérir d’autres reliques de la Passion, entreposées à Constantinople : un morceau de la Sainte Croix, du sang du Christ, une partie de la lance qui a transpercé Jésus, la Sainte Éponge et même du lait de la sainte Vierge ! Saint Louis paya une fortune tous ces trésors… dont l’authenticité n’a jamais été prouvée !

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La Sainte Couronne, achetée par Saint Louis, est conservée à Paris, dans la Sainte-Chapelle de l'île de la Cité que le roi a faite spécialement édifier en 1248.

 

L’étrange liquéfaction du sang de Saint Janvier

Les habitants de la ville de Naples vénèrent une relique conservée précieusement dans la chapelle du Trésor de la cathédrale : une ampoule contenant du sang coagulé de Saint Janvier (San Gennaro, en italien), sang recueilli lors de l’exécution du martyr le 19 septembre 305, pendant les grandes persécutions de l’empereur romain Dioclétien. Ce sang, de couleur très foncée, est présenté depuis l’an 1337 au peuple de Naples, dans un reliquaire-monstrance, au cours d’une grande procession qui a lieu deux fois par an : le premier samedi de mai et le jour de l’anniversaire de la mort du saint. La tradition veut que si le sang coagulé dans l’ampoule se liquéfie lorsqu’il est présenté au peuple, aucune catastrophe ne s’abattra sur la ville cette année-là. Mais si le sang reste coagulé, le pire serait à craindre : éruption du Vésuve, tremblement de terre, épidémie…

L’Église catholique refusant de prêter l’ampoule afin d’en faire analyser le contenu, trois scientifiques italiens ont décidé en 1991 de faire des essais en laboratoire afin de comprendre le phénomène : ils sont parvenus à créer un mélange à base de chlorure de fer, cendres de bois, sel de cuisine, eau et parchemin. La mixture obtenue possède les propriétés d’un « gel thixotrope », c’est-à-dire qui peut passer, par simple agitation, de l'état solide à l’état liquide, ou inversement. Exactement comme le sang de Saint Janvier. Est-ce l’explication scientifique du miracle ?

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Deux fois par an, à Naples, le peuple de la ville attend que le sang du saint martyr Janvier se liquéfie dans son ampoule, signe annonciateur d’une année sans catastrophes.

Dans le prochain article, nous verrons que les reliques ne sont pas vénérées uniquement dans la religion catholique, mais dans bien d’autres religions comme le bouddhisme, le judaïsme, l’islam… et aussi dans le monde profane.

À SUIVRE

Commentaires

Mais à Marseille, on n'a toujours pas retrouvé la tête de saint Lazare...

Écrit par : Michel Moutet | 13/08/2015

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