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18/10/2015

HISTOIRE ET PARANORMAL

Le mystère des reliques (2e partie)

Par Jacques MANDORLA

Auteur de "Comment prier les saints guérisseurs", "Le Grand Livre des Porte-Bonheur", "66 tests pour développer vos capacités paranormales", "60 trésors fabuleux à découvrir", "ABC du magnétisme" et "ABC de la radiesthésie"

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Dans le précédent article, nous avons vu comment le culte des reliques de Jésus-Christ et des saints martyrs est parti de Constantinople pour se développer en Occident sous l’influence de l’Église catholique. Mais ce phénomène de vénération existe aussi dans d’autres religions (bouddhisme, judaïsme, islam…) et même dans le monde profane.

 

Les reliques dans la religion bouddhique

Bouddha, terme sanskrit signifiant « qui a réalisé l'éveil », c'est-à-dire qui a atteint le nirvana (« extinction »), est le surnom donné au prince Siddharta Gautama, appelé aussi Shakyamuni (sage du clan des Shakya). Bouddha serait né en 563 avant J.-C. et mort à l’âge de 83 ans en 480 av. J.-C. Il aurait vécu au nord-est de l’Inde et fut le fondateur d’une communauté de moines errants qui donnera, plus tard, naissance au bouddhisme.

À sa mort, Bouddha aurait été incinéré et les restes calcinés de son corps, essentiellement des dents et des fragments d’os, auraient été récupérés après leur crémation et divisés en huit parts égales, chacune étant offerte à l’un des huit royaumes où Bouddha avait séjourné et enseigné. À l’exact emplacement de chacune des reliques fut construit un grand stupa (nommé chorten au Tibet), sorte de mausolée à sa mémoire, dans lequel furent placées les reliques que les fidèles viennent vénérer, transformant ainsi ces endroits en lieux de pèlerinage. Le plus ancien stupa est celui de Sanchi en Inde : de forme sphérique, il a été construit par l'empereur Ashoka (304-232 avant J.C.) et possède des dimensions imposantes (16 mètres de haut sur 37 de diamètre).

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Le plus ancien stupa au monde est celui de Sanchi en Inde : il  a été construit par l'empereur Ashoka (304-232 avant J.C.) et possède des dimensions imposantes (16 mètres de haut sur 37 de diamètre).

Les différentes parties d’un stupa ont un sens symbolique : la base carrée représente l'élément « terre », le toit en forme de globe l'élément « eau » et la partie verticale sur le toit l'élément « feu ».

Comme pour les saints catholiques en Occident, il existe des milliers de reliques dans la religion bouddhique. La plus célèbre est une molaire de Bouddha qui se trouve dans le Temple de la Dent à Kandy (Sri Lanka). Tous les mercredis, cette relique est trempée dans une préparation liquide à base d’herbes et de fleurs odorantes, distribuée ensuite aux fidèles après l’office et à laquelle on prête des vertus guérisseuses. La dent de Bouddha est montrée à la foule, chaque été, au cours de la fête de Perahera : placée sur le dos d’un éléphant royal, elle est promenée au cours d’une procession considérée comme la plus grande célébration bouddhique au monde, puisqu’elle est suivie par près d’un million de personnes !

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À Kandy (Sri Lanka), la molaire de Bouddha est placée sur le dos d’un éléphant royal et montrée à la foule, chaque été, au cours de la fête de Perahera

(carte postale des années 1930).

 

Une extraordinaire relique découverte en Chine

Le 3 avril 1987, des archéologues chinois ont découvert par hasard ce qu'ils estiment être les os du majeur de la main gauche de Bouddha. Cette trouvaille a été faite dans le sanctuaire souterrain du temple de Famen où ces ossements auraient été déposés en l'an 874 après J.-C… avec 2 000 autres reliques ! Les archéologues avaient entamé des travaux d’extension et de reconstruction de la pagode. Ce temple se situe à une centaine de kilomètres de Xi'an, ville du centre de la Chine où ont été exhumés les fameux soldats en terre cuite de l'armée de l'empereur Qin. Le temple de Famen est devenu un lieu saint pour les bouddhistes et attire 500 000 visiteurs par an. Il a été consacré en 2009 dans un stupa construit pour l’occasion et qui est désormais le plus haut du monde (148 mètres). Le doigt de Bouddha est protégé dans un reliquaire en or, en forme de pagode.

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 Le 3 avril 1987, des archéologues chinois ont découvert par hasard ce qu'ils pensent être les os du majeur de la main gauche de Bouddha, dans le sanctuaire souterrain du temple de Famen. Cet ossement est protégé dans un reliquaire en or, en forme de pagode.

 

Des reliques de Bouddha en France

La France comptant de plus en plus de bouddhistes, la Thaïlande a fait, le 17 mai 2009, un don exceptionnel à l'Union des Bouddhistes de France : des reliques du Bouddha provenant du Wat Saket (la Montagne d'Or), l'un des principaux temples de Bangkok. Cette date n’a pas été choisie au hasard : elle correspond au Vesak, jour anniversaire de la naissance du Bouddha, à son Eveil et à sa Mort. Les reliques sont protégées dans une bulle de verre enchâssée dans une sculpture dorée. Elles sont visibles dans la grande pagode du bois de Vincennes à Paris pour que les fidèles puissent s’y recueillir.

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Reliquaire doré, contenant des restes de Bouddha, offert le 17 mai 2009 par la Thaïlande à l'Union des Bouddhistes de France.

 

Les reliques dans la religion judaïque

Les restes du corps du prophète Élisée, successeur de son maître Élie et qui vivait au IXe siècle avant J.-C., ont failli disparaître à tout jamais de la surface de la planète. En effet, l'empereur romain Julien l’Apostat, qui régna de 361 à 363, avait donné l'ordre de brûler ses reliques, mais aussi celles d’Abidas et de Jean le Baptiste. Des fidèles les sauvèrent et les cachèrent à Alexandrie.

Aujourd'hui, les reliques d’Élisée se trouvent dans le monastère copte orthodoxe de Saint-Macaire, près du village de Scété situé dans le désert entre Alexandrie et Le Caire. Elles ont été découvertes en 1969, dans une crypte mise au jour lors de travaux de rénovation réalisés sous le mur nord de l'église. La présence de ces reliques était inscrite dans des documents du XIe siècle, retrouvés dans la bibliothèque du même monastère.

L’Ancien Testament rapporte que les reliques sont à l’origine d’un miracle survenu après la mort du prophète : « Comme on enterrait un homme, on le jeta dans le sépulcre d'Elisée. L'homme toucha les os d'Elisée et il reprit vie et se leva sur ses pieds ».

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Gravure de Jan Luyken, intitulée « Résurrection d'un mort qui avait touché les reliques du prophète Élisée » (1770).

 

Les reliques dans la religion islamique

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Poils de la barbe de Mahomet exposés dans la Chambre d'Audience du palais de Topkapi à Istanbul.

Byzance, capitale d'un vaste empire chrétien, avait possédé de nombreuses et précieuses reliques, qui furent pour la plupart volées par les Croisés. Après la prise de la ville par les Turcs, celle-ci prit le nom d’Istanbul et devint la capitale de l’Empire Ottoman. Les sultans successifs décidèrent, entre le XVIe et la fin du XIXe siècle, de regrouper plus de 600 reliques sacrées de Mahomet dans la Chambre d'Audience du palais de Topkapi. On y voit, entre autres, une dent du prophète, des poils de sa barbe, son sceau, une lettre autographe, un de ses manteaux et des armes (des sabres de combat et deux épées en or, enrichies de pierres précieuses).

À côté de ces reliques liées à Mahomet, on trouve aussi à Topkapi des reliques volées aux Chrétiens : le turban de Joseph le Patriarche, le bâton de Moïse, l’épée de David, une main de saint Jean-Baptiste…

Bien que la plupart de ces reliques soient exposées en permanence, les plus importantes d'entre elles ne le sont que pendant le mois du Ramadan.

 

Les fausses reliques de Jeanne d’Arc

Depuis la mort de Jeanne d’Arc, une grande énigme de l’Histoire de France planait à propos de ses reliques. Elle a été résolue en  2007 par le médecin légiste français, Philippe Charlier, aidé par son équipe de 18 chercheurs. Le 30 mai 1431, jour où Jeanne d’Arc a été brûlée vive place du Vieux-Marché à Rouen, des cendres furent en effet ramassées sous le bûcher, puis mises dans un récipient conservé par l’archevêché de Tours, où elles se trouvent toujours.

Après des analyses scientifiques très poussées (datation au carbone 14, tests ADN, étude au microscope et aux rayons X), il apparaît que ces restes sont ceux… d’une momie égyptienne datant du IIIe siècle avant J.-C., d’os de chat d’une espèce non européenne et d’un enduit contenant du pollen de pins : aucune trace du corps incinéré de la pauvre Jeanne d’Arc ! De quoi apporter de l’eau au moulin de certains historiens qui pensent qu’elle n’est peut-être pas morte en 1431 à Rouen, mais ailleurs et bien plus tard ! Des chroniques prétendent, en effet, que la Pucelle aurait été reçue par le roi Charles VII à Orléans le 28 juillet 1439, soit huit ans après sa mort officielle, sous le nom de Jehanne des Armoises ! S’agissait-il d’une mystificatrice ou bien de la véritable Jeanne d’Arc ? Les historiens en débattent encore.

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« La mort de Jeanne d’Arc sur le bûcher », peinture de l’allemand Hermann Stilke (Musée de l’Hermitage à Saint-Pétersbourg - 1843). En 2007, des scientifiques ont montré que les cendres ramassées sous le bûcher ne correspondent pas au corps incinéré de la Pucelle.

 

Le reliquaire romantique d’Anne de Bretagne

La reine de France Anne de Bretagne, morte le 9 janvier 1514 à Blois, a eu pour dernière volonté que son cœur soit placé dans un reliquaire en or, surmonté d’une couronne aux motifs de lys. Aujourd’hui exposé au musée Dobrée à Nantes, ce reliquaire porte en lettres d’or, rehaussées d’émail vert, bleu et rouge, cet hommage : « Ce coeur fut si très haut, Que de la terre aux cieux, Sa vertu libérale accroissait mieux, Mais Dieu en a repris sa portion meilleure, Et cette part terrestre, En grand deuil nous demeure ».

Le reliquaire, réalisé par un orfèvre anonyme de la cour de Blois, fut dessiné par Jean Perréal, dit Jehan de Paris, peintre officiel des rois Charles VIII, Louis XII et François Ier.

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Reliquaire en or, surmonté d’une couronne aux motifs de lys et rehaussé d’émail, contenant le cœur d’Anne de Bretagne (1514 - Musée Dobrée à Nantes).

 

Les reliques profanes des grands leaders communistes

Le culte des reliques n’est pas obligatoirement lié à une religion. Ainsi, le corps embaumé de Lénine repose dans un mausolée de granit situé sur la place Rouge à Moscou. Exposé au public depuis 1924, année de la mort du révolutionnaire, le corps est dans un état excellent.

Pour le président de Russie Vladimir Poutine, la vénération portée à Lénine est légitime : « Même l'idéologie communiste est issue des postulats de la religion. On dit que le mausolée de Lénine ne correspond pas aux traditions. Pourquoi ? Il y a des reliques de personnes saintes dans les monastères de Pskov ou du mont Athos. Il va de soi que nous devons revenir aux sources,mais à un niveau correspondant ».

Cet avis n’est pas du tout partagé par Serge Rybko, recteur de plusieurs églises de Moscou, qui juge inadmissible cette comparaison : « Les reliques des saints sont une chose et les restes d’un sataniste, d'un dictateur, d'un monstre, en sont une autre. Les reliques sont préservées dans des églises ou des cimetières, alors que le corps de cet impie est exposé dans un lieu public » !

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Les dépouilles momifiées des leaders communistes Lénine (à gauche) et Mao font l’objet d’un important culte populaire en Russie et en Chine.

La Chine n’est pas en reste : on y a construit en 1977 le mémorial de Mao, inauguré un an jour pour jour après sa mort. Son corps embaumé repose dans un sarcophage de marbre noir avec un couvercle en cristal, recouvert du drapeau rouge de la Chine Communiste. Chaque année des millions de Chinois font la queue pendant des heures pour avoir le privilège d’observer le corps de leur ancien leader.

On peut s’étonner de ce culte officiel de la relique du corps de Mao quand on sait que ce dernier, lors de la Révolution Culturelle qui dura de 1966 à 1976, avait appelé à détruire toutes les reliques de la Chine prérévolutionnaire !

 

Le commerce international des reliques

Depuis quelques années, on constate un engouement extraordinaire pour les reliques : en effet, de nombreuses ventes aux enchères en proposent, que ce soit dans des salles de ventes ou sur des sites Internet.

Ainsi, à Alençon (Orne), maître Patrice Biget, commissaire-priseur, organise régulièrement des ventes de reliques et de reliquaires. Le 25 mai 2013, il a vendu pour 9 500 euros une châsse-reliquaire en cuivre et bronze en forme d’église, contenant des reliques de sainte Libérate. Pour Maître Patrice Biget, cet engouement pour les reliques s’explique facilement : « Aujourd'hui, avec la sécularisation, ces objets sont de plus en plus nombreux sur le marché. Ils proviennent principalement de communautés religieuses qui ferment ou qui désirent se séparer d'objets liturgiques dont elles ne se servent plus. C’est le cas de carmels, ces communautés qui sont autonomes entre elles et où la dernière religieuse se retrouve propriétaire de tout ce que contient le couvent. À sa mort, ses propres héritiers préfèrent souvent liquider cet encombrant héritage. Les acquéreurs seront à 80% des religieux, des communautés orthodoxes ou intégristes. Les reliques ne sortiront donc pas de la grande famille chrétienne, surtout qu’elles sont vendues avec leur cachet de l'évêque de l'époque attestant leur authenticité ».

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Châsse-reliquaire en cuivre et bronze en forme d’église abritant les reliques de sainte Libérate (hauteur : 47 cm). Vendue 9 500 euros en mai 2013 à Alençon.

Ces explications ne satisfont pourtant pas Monseigneur Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, qui a précisé dans un communiqué officiel : « J’en appelle au discernement et à la prudence dans l'aliénation d'objets sacrés. Selon le Code de droit canonique, la vente des saintes reliques est absolument interdite ».

On peut se demander pourquoi les reliques ont quitté les églises pour se retrouver aujourd'hui mises aux enchères. Pour Maître Biget, c’est logique : « Après le concile Vatican II, l'Église a voulu bannir tout ce qui pouvait ressembler, plus ou moins, à du néo-paganisme. Certains ecclésiastiques se sont peut-être montrés trop énergiques. Ces reliques ont été retrouvées dans des brocantes ou dans des greniers où elles avaient été oubliées ».

Aux États-Unis, la guerre des reliques est beaucoup plus féroce qu’en France. De nombreux catholiques s’opposent, en effet, à leur vente. Pour le cardinal Saraiva Martins, le danger est réel : « Des sectes sataniques risquent de les acheter pour les détruire ou les détourner de leur signification au cours de cérémonies blasphématoires ». L’opposant le plus actif se nomme Thomas Sérafin. Ce photographe professionnel, vivant à Los Angeles, fait la chasse aux marchands du temple sur le Net depuis les années 1990, à la tête de son association International Crusade for Holy Relics (Croisade internationale pour les saintes reliques). Son équipe de 200 volontaires surfe en permanence sur les sites de ventes aux enchères et rachète le maximum de reliques pour éviter qu’elles ne soient dispersées.

À ce jour, ces croisés des temps modernes sont parvenus à constituer une collection de près de 1 500 objets sacrés qui sont exposés an cours d’expositions itinérantes dans le monde entier.

FIN

 

Commentaires

Brillant. On apprend un tas de choses ( le doigt de bouddha...) , Les liens entre les paragraphes sont réussis en particulier l'astucieux pont entre le monde religieux et le profane ( Lénine , Mao).
La cerise étant le chasseur des marchands du Temple qui s'appelle " Sérafin"

Écrit par : TN | 31/08/2015

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