20.11.2007

ATTENTION ARNAQUE : nous avons testé les chirurgiens à mains nues

L’intégralité du dossier sur le scandale des chirurgiens à mains nues figure dans le livre publié récemment par Ranky “Le paranormal de mes yeux vu” (éditions Trajectoire)
Vous découvrirez dans cet ouvrage les combines, astuces et tours de passe-passe destinés à abuser les malades consultant ces médecins de la dernière chance.

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En voici quelques extraits.
DES THEORIES ABRACADABRANTESQUES.
e4dffd303b912a8e07bd964865e271cc.jpg Les chirurgiens à mains nues prétendent opérer sans bistouri, ni aucun matériel médical, mais simplement à l’aide de leurs doigts qu’ils affirment pénétrer le corps des patients pour “dématérialiser” les tumeurs.
Ils extirpent visiblement, par trucages, des lambeaux de chair sanguinolantes, frappant ainsi l’imagination des malades dont certains obtiennent une amélioration par la provocation d’un remaniement hormonal ou par effet placébo.

Des individus de tous acabits, journalistes, cinéastes, conférencier et même des médecins, ont élaboré les théories les plus abracadabrantesques, ajoutant ainsi au trouble de personnes déjà destabilisées par la maladie, fournissant par-ci, de l’espoir, par-là, du désespoir. J’étais révolté d’apprendre la gravité de la situation de certaines personnes qui se rendaient aux Philippines, jetant leurs ultimes espoirs et leurs économies dans ces “médiums” de la dernière chance. Je me souviens particulièrement de cet homme qui venait de perdre son épouse emportée par une terrible maladie et qui avait vendu une partie de son mobilier et sa voiture pour emmener sa fille Laetitia, agée de dix ans, atteinte d’une tumeur au cervelet. Celle-ci décéda quelques semaines après son retour de Manille, laissant un père désorienté que l’on retrouva pendu dans sa maison.

LE TEMOIGNAGE DU JOURNALISTE JEAN-PIERRE MOREAU.
Voici ce qu’écrit Jean-Pierre Moreau, le journaliste d’investigation venu m’interviewer pour le magazine "Actuel", à son retour des Philippines après avoir tout essayé pour se soigner.


54b53be25228a1bc8e3e1ec4dad52aa4.jpg“Voici Segundo, mon médecin aux mains nues et son garde du corps.
7a3687d0b3327e8e94962604660096a3.jpg Segundo est maire d’une petite ville. Il dit : “Faire de la politique c’est très dangereux.”A moins qu’il ne soit un peu mafioso. Il m’a pris cinq cents dollars. Après quinze jours d’opération, je ne sens pas d’amélioration. Il m’explique : “ il faut prier. La prière guérit à 80%, l’opération à 20%.”
Pourquoi aucun Philippin ne se fait-il soigner par lui ?

LE COMPTE-RENDU DE RANKY.
J’enquête aux philippines.
Je décidai donc de me rendre aux Philippines, berceau de ces pratiques médicales plutôt diaboliques, où affluaient sans cesse des avions affrêtés pour l’occasion et remplis de malades atteints de sclérose en plaques, de cancer, d’une tumeur au cerveau, ou encore de paralysie.
Débarqué à Manille, je me rends en premier lieu à trois cents kilomètres de là, à Baguio, ville à très forte concentration de guérisseurs. J’envisage un séjour d’une quinzaine de jours environ. Je ne possède aucune adresse, aucun contact, je ne connais pas la langue du pays, le tagalog, et je maîtrise vraiment très mal l’anglais.
Le réceptionniste de l’hôtel où je suis descendu prend rendez-vous sur mes instances avec, dit-il, le plus grand guérisseur du pays, le célèbre Agpaoa. Lui me guérira ! Le lendemain , un taxi m’emmène là où “opère” Tony Agpaoa.
La route traverse un paysage de pauvres petites baraques disséminées, nichées dans la verdure. Mais soudain, le spectacle se modifie et fait place à de magnifiques jardins aux allées encombrées d’énormes voitures américaines. Je découvre le “diplomat”, un palace dont j’apprends que Tony Agpaoa est le propriétaire. Je réalise alors que mes moyens financiers seront insuffisants pour me faire soigner, ou bien il me faudra prendre d’énormes précautions afin d’éviter la ruine.
Dans une salle, huit personnes attendent silencieusement. Apparemment, ce sont des américains. Chaque consultation ne dure guère plus de dix minutes. Lorsque mon tour arrive, je me retrouve devant un homme bedonnant, très imbu de sa personne, antipathique au possible. En une minute je suis allongé sur une table recouverte d’un drap écru, auprès d’un assistant qui chante des prières, et opéré.
Il me suffit de trois secondes pour découvrir le subterfuge. Je crois comprendre qu’il me faut revenir le lendemain.
L’hôtel luxeux d’Agpaoa domine Baguio. La vue sur la ville est féérique. A l’intérieur du bâtiment, des domestiques en livrée s’affairent. Dans les allées du jardin, des hommes armés patrouillent.
Ce déploiement d’armes, les mines patibulaires des gardes du corps du maître des lieux, m’intriguaient car les philippins sont généralement de tempérament avenant. Quels vices et quelles magouilles cache cette façade prétendument humanitaire !
Je n’ai encore rencontré qu’un seul “chirurgien à mains nues” mais je ne suis plus loin de penser qu’il s’agit en réalité d’un trust énorme, d’un marché folklorique qui vend de l’espoir comme on vend des souvenirs sur les bords de mer, ou des “bondieuseries” à Lourdes. Il y a ceux qui, réussissent comme Agpaoa et quelques autres, et ceux qui, comme par exemple les initiés du “grand maître”, vivent chichement en opérant dans leur cabane misérable.
Dès l’après-midi j’en rencontre quelques-uns, dont Florès, chauffeur de taxi de son état. Celui-ci opère deux fois par semaine sur la table à manger familiale après que toute sa famille, composée de son épouse, de deux autres adultes et au moins huit à dix enfants a pris le repas. Je crois rêver ! Tous ces guérisseurs, tous ces pauvres gens ont reçu le don et dématérialisent à tour de bras contre quelques billets de banque, les abcès, verrues, fistules, tumeurs, pus, cancers de patients, en majorité des blancs. Florès, malgré tout, continue à faire le taxi le reste de la semaine pour l’équivalent de quarante centimes d’euro la course de dix minutes. Une misère !
Mes consultations par autant de guérisseurs, une quarantaine, sans qu’ils connaissent ma qualité d’illusionniste, me permettent aujourd’hui de déclarer que tous ces chirurgiens, sans aucune exception, ont été surpris en flagrant délit de tricherie. La dématérialisation des tumeurs n’existe pas.

CHIRURGIE A MAINS NUES ET TRUCAGES.
Voici en photos, le déroulement d’une séance d’opérations à mains nues que je présentais au moment du scandale afin de tenter leur démystification.
Je devais me soumettre sans cesse aux investigations et aux fouilles de journalistes et médecins, avides de découvrir les trucages. Mais le mystère demeurait chaque fois total.
Je souhaitais faire comprendre à ces personnes, que n’étant pas illusionnistes elles ne pouvait pas détecter les manipulations, ce qui leur interdisait d’ attester la réalité de la chirurgie à mains nues.


716989f9309862c7b79112c826f6df44.jpgUn médecin examine le matériel.

Monsieur “Mangetout”, surnommé ainsi par Philippe Bouvard à cause de ses capacités à digérer toutes sortes d’objets, est mon futur opéré. Il est également fouillé et examiné consciencieusement.

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Mes doigts pénètrent dans la bouche du patient.
Monsieur “Mangetout”, pourtant prévenu, a été choqué par cette intervention. C’est sur cette émotion que les chirurgiens à mains nues fondent leurs espoirs de guérison des malades.

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Deuxième opération sur le même patient. Mes doigts pénètrent profondément dans l’abdomen. La quantité de sang est très importante. Blondine, mon assistante, extirpe une partie de l’intestin à l’aide d’une pince à cornichons.

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L’opération est terminée.Le patient n’a ressenti aucune douleur et il n’y a pas de cicatrice.





Mais c’est à partir de la période où j’ai monté un numéro loufoque mettant en scène un chirurgien fou, poitrinaire et bourré de tics, que la démystification commença vraiment à s’affirmer.
J’ai opéré en discothèques, théâtres et cabarets pendant dix-huit années, dans un numéro de “chirurgien fou”. Ce numéro de music-hall sera le détonateur de la création du “Fantastic-Horror-Show” qui sera classé annuellement N°1 des spectacles visuels de discothèque jusqu’en 1990.
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Photos : Ranky- Bernard Thébault- Alain Secrétan- Lise Lesprit. Reproduction interdite sans autorisation.