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10/03/2019

MA RENCONTRE AVEC JEAN MOISSET

1995 - Ma rencontre extra-ordinaire avec Jean MOISSET, traqueur de coïncidences

par Jacques Mandorla

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BIO-EXPRESS

Jean, Ernest, Émile MOISSET est  né à Meaux le 31 décembre 1924 sous le signe du Capricorne. Il est décédé en novembre 2010 à près de 86 ans.

Passionné par les phénomènes paranormaux depuis son plus jeune âge (il intégra alors la société des Amis de l'Institut Métapsychique International), Jean Moisset a trouvé une extraordinaire voie d'étude quand, en 1985, il a constaté d'étranges coïncidences entre les jours anniversaire de naissance et de mort de son père. Dès lors, sa chasse aux coïncidences va devenir presque obsessionnelle, au point de s'entendre dire par le professeur Pierre Solié : « Ne pensez plus aux coïncidences, sinon vous risquez la névrose ! ». Passant outre ce conseil, il a continué des recherches qui se sont très vite traduites par la parution d'un premier livre « Énigmatiques coïncidences et unité du monde » (éditions Présence).

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MA RENCONTRE

C’est mon ami Marc Schweizer, homme aux talents multiples (écrivain, journaliste, éditeur, fondateur de la revue et du site SCIENCE ET MAGIE…) qui, un jour, m’a dit : « Tu devrais rencontrer Jean Moisset : c’est un infatigable traqueur de coïncidences ! ».

Je pris alors rendez-vous pour une interview qui parut en 1996 dans le magazine FACTEUR X dont j’étais le conseiller éditorial.

Jacques Mandorla : Qu'est-ce qu'une coïncidence ordinaire ?

Jean Moisset : Parmi la multitude de faits observés ou d'informations perçues par chacun d'entre nous, il est normal que, de temps à autre, surviennent des coïncidences, c'est-à-dire des rencontres fortuites ou des événements simultanés présentant une ressemblance. Ces coïncidences, en général d'une grande banalité, sont explicables par les probabilités. Voici, en vrac, quelques exemples : vous vous apercevez, en parlant à un inconnu, que vous avez un ami commun. Vous pensez à votre mère qui vous téléphone chaque semaine et elle vous appelle à ce moment-là. Vous cherchez un livre épuisé et, le même jour, vous l'apercevez dans la vitrine d'un bouquiniste. Vous prononcez un mot et vous l'entendez au même instant à la radio ou à la télé...

J Ma : Est-ce la même chose que la loi des séries ?

J Mo : Non. La sérialité ou « loi des séries », étudiée par le biologiste autrichien Kammerer (1880-1926), est une répétition d'événements, choses, symboles analogues ou identiques dans le temps et/ou dans l'espace. Elle fait l'objet de dictons célèbres : « Jamais deux sans trois » ou encore « Un malheur n'arrive jamais seul ». Voici quelques exemples de sérialité : l'annonce par les médias, le même jour, de plusieurs accidents de même nature (déraillement de trains par exemple); une suite d'événements vécus par une personne, soit heureux (période de chance), soit malheureux (série noire), bien connue par la plupart d'entre nous; au loto, la sortie d'un même numéro plusieurs tirages de suite (sérialité dans le temps) ou de plusieurs numéros voisins au même tirage (sérialité dans l'espace). Ou encore la répétition de faits inopinés présentant une ressemblance : ainsi, vous êtes invité à déjeuner et la maîtresse de maison vous sert un petit salé aux lentilles. Or, l'avant-veille, vous aviez déjà mangé ce plat chez vous et la veille chez des parents.

J Ma : Qu’est-ce alors que la synchronicité ?

J Mo : La synchronicité est plus complexe que la sérialité. Il s'agit des coïncidences dont le caractère mystérieux nous laisse un sentiment troublant, indéfinissable. On dit alors que la coïncidence est « signifiante », c'est-à-dire chargée de sens. Elle se caractérise par le fait que le psychisme de la personne est plus impliqué que dans une simple coïncidence et que sa probabilité d'occurrence est plus faible. Cela procure un sentiment d'importance au sein de l'Univers, comme s'il s'agissait d'un « clin d'œil » du destin ...

J Ma : Avez-vous un exemple expliquant clairement la différence entre coïncidence simple, sérialité et synchronicité ?

J Mo : Essayons. Durant vos vacances, vous rencontrez par hasard un couple d'amis. C'est une coïncidence. Si, en plus de cette rencontre, vous retrouvez deux autres amis séjournant dans la même station balnéaire, il s'agit d'une sérialité. Enfin, vous habitez Metz et vous vous rendez en vacances à Antibes. Au cours du voyage, vous pensez - en voyant une affiche publicitaire sur la Polynésie - à des amis partis vivre à Tahiti et dont vous n'avez plus de nouvelles depuis 18 ans. Après être descendu à l'hôtel, vous allez à plage et installez votre serviette sur le sable avant de vous baigner. Vous vous apercevez alors, avec stupéfaction, que vos plus proches voisins sont les amis tahitiens en question ! C'est une synchronicité.

J Ma : Vous tenez le psychiatre Carl Gustav Jung pour l’inventeur du concept de synchronicité

J Mo : Absolument. Jung fut, jusqu'à leur rupture, le disciple préféré et le plus proche de Sigmund Freud, le théoricien de l'inconscient individuel. Puis Jung s'écarta des thèses de son maître en créant la psychologie analytique, fondée notamment sur l'idée de l'inconscient collectif et des archétypes pouvant expliquer la création de synchronicités. Jung a mis au point le principe de la synchronicité avec le physicien américain d'origine autrichienne Wolfgang Pauli (1900-1958), prix Nobel de physique en 1945. Ils définirent la synchronicité comme « une coïncidence temporelle sans lien causal, entre un état psychique donné et un ou plusieurs événements extérieurs objectifs, offrant un parallélisme de sens avec cet état subjectif du moment ». L'un des cas de synchronicité les plus étonnants auxquels Jung fut confronté survint lors d'une séance, dans son cabinet. Sa patiente lui racontait un rêve où elle recevait un scarabée d'or en cadeau. Au même moment, Jung entendit un bruit à la fenêtre. Il s'approcha, aperçut un insecte sur la vitre, le captura et constata alors qu'il s'agissait d'un scarabée !

Selon Jung, il existerait un « inconscient collectif » situé dans une autre dimension, hors de l'espace-temps, sorte de supraconscience cosmique de l'Humanité à laquelle nous serions reliés par notre inconscient personnel. Dans cet inconscient collectif se constitueraient des « centres d'énergie psychique potentielle » appelés archétypes. Les archétypes représentent des thèmes, des mythes, des images symboliques... qui peuvent être aussi nombreux que variés : le cosmique, le sentiment religieux, l'ange gardien, le paradis, le conte de fée, le diable, l'enfer, la Terre, la nuit, la mère, le père, la grand-mère, le vieux sage, l'homme fort, le séducteur, la femme fatale, etc.

J Ma : Avez-vous un exemple personnel de synchronicité ?

J Mo : Bien sûr. J'habitais Nice depuis quelques mois. Je me réveille un matin avec un torticolis très douloureux, semblable aux crises que j'avais à l'époque où j'habitais Paris. Je me mets soudain à penser au docteur parisien qui m'avait soigné pour une arthrose cervicale. Je décide d'aller faire quelques achats avenue Jean Médecin et, soudain, je tombe nez à nez avec ce praticien qui se trouvait à Nice pour un congrès ! Non seulement j'ai pensé à mon médecin parisien et je l'ai rencontré une heure après à Nice, mais cela s'est passé… avenue Médecin !

J Ma : Existe-t-il un phénomène unique de synchronicité ?

J Mo : Non. Il existe plusieurs variantes : les synchronicités décalées dans le temps (c’est la prémonition) ou dans l'espace (c’est la clairvoyance), qui ne peuvent être vérifiées qu'après coup. Les synchronicités par identité de pensée instantanée entre deux personnes, sans événement extérieur objectif : c'est la télépathie. Exemple : vous pensez à un ami dont vous n'avez pas eu de nouvelles depuis longtemps. Au même moment, votre téléphone sonne : c'est lui ! Les synchronicités à présage consistent en la perception de signes symboliques (souvent des nombres) par une personne, annonçant la survenance prochaine d'événements favorables ou désagréables, selon leur nature et l'interprétation qu'en fait le témoin. Enfin, il existe aussi des synchronicités généalogiques (le cas de Cendrine, que j’ai rencontrée à Nice, dont cinq parents proches sont morts un 12 mai) ou familiales (notamment entre jumeaux) et les rétro-synchronicités historiques comme celle entre Abraham Lincoln et John Kennedy.

J Ma : Pouvez-vous nous parler de cette rétro-synchronicité historique entre Abraham Lincoln (1809-1865) et John Kennedy 1917-1963) ?

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J Mo : Bien sûr. Les coïncidences sont troublantes. En voici quelques-unes. Lincoln a été élu Président des États-Unis en 1860 et Kennedy en 1960. Ils ont, tous les deux, été tués d’une balle dans la tête un vendredi, en présence de leur épouse. John Wilkes Booth, l’assassin de Lincoln, était né en 1839 et Lee Harvey Oswald en 1939 : tous les deux ont été abattus avant d’être jugés. Leurs nom et prénom comportent 15 lettres. La secrétaire de Kennedy s’appelait Lincoln. La voiture dans laquelle Kennedy a été tué était de marque Lincoln.

J Ma : Pouvez-vous nous donner d’autres exemples de synchronicité ?

J Mo : Bien sûr. Le premier concerne le célèbre Camille Flammarion (1842-1925), fondateur de la Société astronomique de France. Il décide de faire son voyage de noces en montgolfière et propose au curé ayant béni son union d’accompagner le couple. Le curé accepta avec plaisir mais, la veille du départ, il se récuse car il doit aller déjeuner chez des parents au bord de la Marne. Flammarion et son épouse s'envolent donc seuls. Or, par un concours de circonstances extraordinaires, la montgolfière est dirigée par le vent... à l'aplomb du jardin où le curé était en train de déjeuner en famille ! Autre exemple. En 1820, après 5 naufrages consécutifs, Peter Richley est recueilli par le paquebot « City of Leeds », en route vers l'Australie. À son bord se trouve une vieille dame qui recherche son fils disparu depuis près de dix uns. Souffrante, elle le réclame dans son délire. Le médecin du bord décide de demander au naufragé Peter Richley, qui ressemble au fils que la vieille dame lui a décrit, de se faire passer pour son fils afin d'adoucir ses derniers instants. Stupéfaction de ce dernier lorsqu'il reconnaît sa propre mère, Sarah Richley, laquelle se rétablit rapidement ! Troisième exemple. En 1915, deux soldats sont admis séparément dans un hôpital militaire de Bohème. Tous les deux ont 19 ans, souffrent de pneumonie, sont nés en Silésie, sont volontaires dans le Train des Équipages et, dernier point, s'appellent Franz Richter !

J Ma : Quand les synchronicités surviennent-elles ?

J Mo : On a constaté que certaines circonstances étaient propices aux synchronicités. Citons les états médiumniques, mystiques ou modifiés de conscience (hypnose, NDE... ), les liens affectifs et empathiques très étroits (jumeaux), les situations dramatiques, les maladies graves, les difficultés sociales, les troubles psychiques, la recherche spirituelle, la création artistique, les découvertes scientifiques ...

J Ma : Selon vous, certains phénomènes paranormaux s'expliqueraient par la synchronicité

J Mo : C'est vrai. Quand on compare les phénomènes psy avec la synchronicité, on leur trouve des points communs : ils ont un caractère spontané, sont difficilement reproductibles et sont pratiquement inexplicables par la science. La synchronicité pourrait expliquer la télépathie, la prémonition, la clairvoyance, la vision à distance, les apparitions, la psychokinèse, la réincarnation, les poltergeists, la lévitation, les expériences de mort imminente, la transcommunication... Ainsi, la télépathie serait la coïncidence entre l'état de pensée de deux personnes. L'impression de « déjà-vu » ou de « déjà-vécu » est un phénomène pouvant s'expliquer par le déphasage des deux hémisphères cérébraux, la perception étant enregistrée par l'un d'eux avec une fraction de seconde de retard par rapport à l'autre. Mais il pourrait aussi s'agir d'une synchronicité entre une perception objective de notre psychisme et une image archétype réactivée par notre inconscient.

J Ma : Vous appliquez également la synchronicité aux ovnis.

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J Mo : En effet. Les ovnis pourraient être des hologrammes - des images fantômes - provenant d'une autre dimension et générés par des archétypes de l'inconscient collectif. Ils correspondraient à des mythes de l'Humanité ou à des préoccupations du moment : on explique ainsi la vague d'ovnis à forme de dirigeables vus aux États-Unis en 1897 (année où fut précisément lancé le premier dirigeable en métal), voire à des images de science-fiction publiées dans le passé. On peut également imaginer que les extraterrestres ne soient pas physiquement présents sur notre planète mais forment des hologrammes, captés sur Terre par une sorte de télépathie. Ceci expliquerait pourquoi les ovnis demeurent insaisissables, comme s'ils étaient sans matière, et peuvent fusionner entre eux ou se scinder en plusieurs parties et disparaître instantanément... tout en créant des effets palpables sur les témoins : paralysie, sommeil, distorsion du temps !

BIBLIOGRAPHIE

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Dans « ABC des coïncidences mystérieuses » (éditions Jacques Grancher), Jean Moisset démontre que le monde ne serait pas uniquement régi par une causalité aveugle (la fameuse relation de cause à effet) mais que les êtres, les choses et les événements seraient également reliés selon un ordre issu d'une autre dimension, hors de notre espace-temps.

Prochain article : ma rencontre extra-ordinaire avec Bernard LOISEAU, cuisinier par Ranky

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