Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11/01/2019

MA RENCONTRE AVEC GÉRARD SÉTY

 1954 - Ma rencontre avec Gérard SÉTY, comédien, parodiste, transformiste, par Ranky

BIO -EXPRESS

Gérard Séty (photo DR)

v_1578.jpgGérard Séty, comédien parodiste, de son vrai nom Gérard Plouviez, est né le 13 décembre 1922 à Paris et décédé le 1er février 1998 à Maisons-Laffite. Il débuta très jeune dans les cabarets parisiens. Créateur d’un numéro de transformisme qu’il donna dans le monde entier pendant cinquante ans, et qu’il ne cessa jamais de peaufiner, il fut surnommé « L’homme qui zappe avec ses fringues ». En se servant de ses propres éléments vestimentaires : cravates, chaussures, chapeaux, il créait des personnages et des animaux. Reconnus unanimement par les plus grands artistes et tous les publics, ses spectacles touchaient souvent au génie.

 


Il fut aussi comédien de théâtre et tourna dans 30 films pour le cinéma et la télévision : "Le Rouge et le Noir", "Les Espions" de Henri-Georges Clouzot, "Van Gogh" de Maurice Pialat, "Les Visiteurs" de Jean-Marie Poiré...

Son fils Frédéric Séty a créé un site à la mémoire de son père : www.gerard-sety.com

Vous pouvez aussi voir l'un de ses numéros en tapant : gerard sety:the act-youtube

MA RENCONTRE
1954. Le spectacle itinérant de Radio-Luxembourg affiche son programme pour la saison d’été des plages. Encore tout gamin à l’époque, pour rien au monde je n’aurais manqué ce rendez-vous, moi qui travaillais mes projets magiques pour devenir artiste.
La troupe avait investi le quartier de la gare routière de Berck, ma ville de naissance. Des camions encerclaient la place et faisaient un écrin au véhicule-podium central qui allait bientôt accueillir les artistes. Les hauts-parleurs diffusaient des musiques joyeuses, des annonces vantant les talents des artistes et les projecteurs magnifiaient les lieux.
Gérard Séty jockey. (Photo DR).

gerard-sety-jockey-cheval.jpg

La foule remplissait rapidement la place, mais j’étais déjà au premier rang depuis au moins deux heures. J’avais même réussi à me poster près du passage par où les comédiens regagneraient leur loge après leur prestation.
21 heures, l’heure magique. Le podium s’illumine, un accordéoniste chamarré emballe la foule dans une houle sonore éblouissante. Je suis enchanté : chanteurs, mimes, raconteurs d’histoires défilent à tour de rôle dans le programme entrecoupé de gags et de jeux.
Et puis, soudain, une révélation. Un bonhomme singulier débarque sur la scène. Un pitre-poète ! Pierrot, Arlequin, Guignol, conteur, raconteur, il est tout en même temps. L’homme se déshabille, s’accoutre, enfile un tee-shirt comme un pantalon, se fait un chapeau d’une cravate. De ses propres habits attachés, pliés, froissés, roulés en boule, transformés, naissent des personnages : un ouvrier, un avocat, Don Camillo,  un coureur cycliste, un toréador.

Le toréador (Photo Alamy DR)

gerard-sety-feb-24-1972-transforme-en-un-matador-sur-sa-tete-sont-les-memoires-sa-veste-est-a-lenvers-son-pantalon-retrousse-et-sa-doublure-ecarlate-du-paletot-devient-la-cape-keystone-photos-usazumapresscomalamy-live-news-f3.jpg

L’artiste commente ses créations dans l’autodérision. C’est irrésistible, inénarrable, tout simplement génial. Je suis ébahi, transporté, subjugué, émerveillé par une pureté magique.
« L’homme qui zappe avec ses fringues » termine transformé en jockey... avec son cheval de chiffon... et quitte la scène sous des applaudissements infinis. Il va passer devant le gamin ébloui qui ne doute de rien et l’interpelle :
- Monsieur, monsieur, le jockey ?
Et le jockey se plante devant moi. Je parviens à articuler quelques mots qu’il avale, les yeux tout ronds, peut-être surpris par le culot du gamin.
- J’apprends à être artiste. Je recommence beaucoup mes tours de magie. Est-ce que c’est comme ça qu’il faut faire ?

- Oui c’est comme ça qu’il faut faire : travailler. Et un jour, quand je serai vieux, c’est moi qui viendrai t'applaudir.
Et il s’éloigna en mettant son cheval de chiffon au galop.
Je ne revis plus jamais Gérard Séty, sauf au cinéma et à la télévision, jusqu’au jour où le père Jean Barthélemy, aumônier du centre médical de Forcilles qui organisait des spectacles pour les pensionnaires, m’appela afin de donner mon récital de magie.
- Il y aura Gérard Séty, en convalescence, m’annonce-t-il tout joyeux.
Ces mots réveillent en moi instantanément mes souvenirs d’enfance. Incroyable ! Depuis la tournée RTL de passage à Berck-Plage, Gérard Séty avait bourlingué à travers le monde, ma femme et moi également. Nous avions tous connu les lieux de spectacle depuis le plus petit village de France jusqu’au plus grand théâtre d’Italie, du Maroc ou des États-Unis... pour nous retrouver dans un centre hospitalier perdu en pleine nature du Val-de-Marne.


15 heures, l’heure magique. La salle est bondée et bourdonne de la rumeur impatiente des spectateurs. Les guéridons chargés des accessoires magiques donnent à la scène tendue de rideaux rouges un côté mystérieux et je sais que Gérard Séty, installé dans la rangée
de droite, soupçonne la présence de l’oeil de l’artiste épiant le public, comme nous le faisons tous, par le trou secret pratiqué dans le rideau. L’homme attend les trois coups, apparemment heureux.
La particularité de notre spectacle est qu’il s’agit d’un récital, c’est-à-dire du passage en revue d’une multitude de techniques illusionnistes : cartes, boules, cordes, liquides, fleurs, soieries, phénomènes extrasensoriels, etc., et non pas d’un simple numéro de prestidigitation.
En tout cas, cette formule semble plaire à Gérard Séty qui vient, au final, nous féliciter et nous dire sa joie.
- C’est incroyable, un tel nombre d’effets, mais comment faites-vous ? Je n’ai jamais vu ça ! C’est magnifique !
- Je tiens le secret, lui répondis-je, d’un très grand artiste, que j’ai croisé à Berck-Plage au cours d’une tournée des plages du podium RTL et qui m’avait dit, déguisé en jockey, son cheval de chiffon étant témoin : "Il faut travailler, travailler, travailler". J’ai simplement retenu le message.

Le sourire de Gérard Séty s’élargit encore un peu. Puis il s’éloigna après nous avoir encore applaudis, tout seul, et disparut par la petite porte du fond en nous gratifiant d’un dernier signe de la main.

Montparnasse_19.png

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prochain article : Ma rencontre avec Jean MOISSET, traqueur de coïncidences par Jacques Mandorla

Écrire un commentaire