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13/10/2017

VERSAILLES (1)

Versailles, fenêtre du purgatoire (1ère partie) Par Thierry NAMUR

Versailles,Marie-Antoinette,Trianon,fantômes,Louis XIV,Flammarion

Le Trianon et le Parc du château de Versailles, théâtre de nombreux phénomènes

paranormaux.

On peut lire dans la rubrique « Histoire et paranormal » de ce blog, un texte de Jacques

Mandorla titré : Ces portes étranges qui s’ouvrent sur le passé. Cet article retrace, entre

autres, l’expérience fantastique de deux Anglaises à fort tempérament : Eleanor Jourdain et

Annie Moberly. Elles disent avoir vécu une étrange aventure en août 1901 dans le parc du

château de Versailles. L’ambition de ce texte n’est pas de revenir sur le déroulement de la

journée de nos deux médiums. Il est d’évoquer le site de Versailles qui collectionne les

apparitions de personnages costumés puis de formuler, en fin de texte, une ultime hypothèse

(Jacques Mandorla en émet 8), sur ce qu'ont perçu les Anglaises et les autres témoins

d’apparitions au château.

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Eleanor Jourdain et Annie Moberly disent avoir vécu une étrange aventure en août

1901 dans le parc du château de Versailles.

Disons-le d’emblée, au château le sujet des fantômes n’est pas tabou. En plein cœur du hameau de la Reine, la maison du jardinier se visite. À l’intérieur, des panneaux d’informations racontent l’historique du hameau. L’un d’eux évoque l’aventure des Anglaises dans un paragraphe titré "Les fantômes du Trianon".

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Le hameau de la Reine.

C’est avec la parution en 1910 de leur livre "An adventure" que les hantises du Trianon et du château de Versailles ont connu une publicité internationale. Ces deux Anglaises, dont on s’est beaucoup moqué, ont passé une partie de leur vie à chercher des preuves démontrant leur bonne foi. Traumatisées, elles voulaient aussi comprendre quelle Malice les avait poussées dans cette étrange "aventure". Cette Malice, elles l’apprennent lors de leur enquête, était déjà intervenue puisque des rumeurs couraient depuis longtemps sur la présence du fantôme de Marie-Antoinette à Versailles.

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À la lecture de "l’aventure" vécue par les Miss, un constat s’impose d’emblée. Elles étaient bien l’une et l’autre dans le même espace, Versailles, et dans le même temps, le dimanche 10 août 1901. Second constat, bien que côte à côte, elles n’ont pas toujours vu les mêmes choses ! Elles ont d’ailleurs écrit chacune, pour la même expérience, un récit qui diffère sur de nombreux points.

 

Énergies telluriques

Donnons un coup d’éventail pour une présentation brève du site. Un marais, une fosse, voilà

l’endroit où le roi Louis XIV veut faire construire son palais. Aujourd’hui, le lieu est assaini,

fleuri et finalement rien ne se laisse voir de ce que Versailles était avant le château. Son

terrain crayeux, argileux et marneux retient l’eau. Des radiesthésistes estiment que Versailles

serait un site fortement chargé en énergie. Guy Tarade avait repris la dénomination des

Anciens qui appelaient ces forces "Les veines du dragon".

Le château serait alors le théâtre de phénomènes surnaturels car des courants telluriques

parcourant le sol seraient activés par la forte émotivité des visiteurs. Dans ‘’Ces maisons qui

tuent’’, Roger de Lafforest alertait sur l’influence que pouvaient avoir ces résonances. Les

panneaux d’information du hameau de la Reine à Trianon mentionnent précisément une

source, tarie aujourd’hui, d’eau ferrugineuse au pouvoir guérissant ! De cette eau de qualité

on faisait commerce. Des chercheurs se demandent d’ailleurs si ce n’est pas la connaissance

de l'existence de telles particularités qui ont incité Louis XIV à choisir Versailles comme

capitale royale. Pourquoi, en effet, à l’étonnement de tous, le roi de France choisit-il ce lieu

« puant et malsain » pour y construire ces châteaux ? Les historiens nous disent qu’il y a à

cela des raisons politiques : traumatisé par la révolte des nobles lors de la Fronde, le roi veut

cadenasser la cour autour de lui. Autre raison, le désir de s’éloigner de la rebelle Paris qui

les avait, lui et sa famille, obligés à l’exil. Tout cela est recevable mais honnêtement on n’en

sait rien, d’autant que le roi possède tant d’autres châteaux, et ne répond pas à la question

pourquoi ici ?

Avant d’être un site royal, Trianon était un village que Louis XIV fait raser pour construire

ses palais. Le Grand Trianon actuel a été élevé sur un cimetière que l’on a déplacé. À

l’endroit de l’actuelle porte Saint Antoine s’élevait une "chapelle Saint Antoine du

buisson". Alain Baraton, l’auteur du livre "Vices et Versailles", assure qu’à son

emplacement on trouve des molaires en grattant le sol.

En 1557, le village de Versailles compte 3 auberges. L’une s’appelait l’image Notre Dame,

l’autre l’image saint Antoine et la troisième l’écu de France. Deux images et un écu de

France qui prophétisent le destin royal du village.

Le château n’a pas été toujours occupé par les souverains. Il est resté vide après 1789, a été

brièvement habité par l’Empereur Napoléon, a été pillé. Après la bataille de Vélizy en 1870.

Il sert d’hôpital : deux ailes du château et la galerie des glaces sont occupées par les blessés.

Ce qui est ignoré c’est que les rois n’aiment pas Versailles. Les courtisans non plus. Dès

qu’ils le peuvent, les rois le fuient et séjournent dans un palais plus accueillant. Quand Louis

XVI en est chassé en 1789 pour loger aux Tuileries, il n’y reviendra jamais, même

lorsqu’une délégation de Versaillais viendra le supplier d’y retourner.

Si la nature avec ses saisons et sa végétation s’active à Versailles, il n’empêche que le château apparait aujourd’hui asphyxié par les vagues de touristes qui se succèdent et s’affairent. Ses salons bondés et leurs images mythologiques ne respirent plus. Le château est en apnée. D’ailleurs la municipalité tente de détourner les visiteurs vers d’autres thématiques. Le quotidien Le Parisien du 30 septembre 2017 informait qu’un circuit "Les faits divers" à Versailles était proposé aux touristes. Dans cette déferlante, il n’est plus permis aux "fantômes" de se manifester. Ils doivent attendre, s’ils existent, la fermeture des portes pour apparaitre. Il est indispensable, pour sentir le cœur de ce vaste ensemble, d’emprunter les chemins de traverses. Le touriste marche beaucoup à Versailles reliant les châteaux (les Trianon, le hameau et le château des rois) en suivant les allées dont Napoléon voulait retirer toutes les statues et les remplacer par des panoramas en dur de ses batailles !



De nombreux témoignages

Il n’existe qu’une chance infime pour les milliers de touristes de vivre une expérience

paranormale comme les Anglaises. Mais la fréquentation de ce site a un avantage : un lieu

autant photographié ne pouvait pas échapper aux photos d’Ovnis. C’est en visionnant, après

coup, leurs photos que les Ovnis sont généralement détectés avec surprise par les visiteurs.

Déjà, en 1914, un gradé informait un général dans un rapport que la zone était survolée par

un objet lumineux. À cette époque, on ne plaisantait pas car on était en guerre et toute

menace est à prendre en compte. Cet Ovni était « haut, brillant d’une couleur argent et

paraissant sphérique ».

Si, vraiment comme je le pense, Versailles est hanté, alors j’aimerais connaître l’avis de ces

âmes captives sur les œuvres contemporaines de Jeff Koons, Xavier Veilhan et Takashi

Murakami exposées dans le château. Peut-être serait-on surpris. Quant à l’opinion de

Marie-Antoinette sur l’affreuse production d’Anish Kapoor, je crois la deviner.

Alain Baraton est jardinier en chef du Domaine national de Trianon et du Grand parc du château de Versailles. Le regard qu’il porte sur le château est celui d’un professionnel aux perceptions sensibles. Il connaît bien le château. Il raconte qu’enfant, il ne retient que le mot souffrance de sa première visite au château. Il ressent l’aspect macabre des tableaux de batailles et ne voit, dans les 357 miroirs de la galerie des glaces, que le reflet du fantôme de leur histoire. Il se désespère avec humour de n’avoir jamais assisté à des phénomènes inexplicables et se demande « s’il ne fait pas peur aux fantômes. À Versailles, tout le monde en voit ou en a vu, chaque membre du personnel a sa petite histoire à raconter, et moi rien… Tout y est surnaturel, si bien que ce qui serait paranormal, c’est que le lieu ait l’air normal ». Il écrit encore que Marie-Antoinette s’était, au petit Trianon, fait aménager une chambre noire en papiers bleus et décor floral, pour y invoquer les esprits.

Dans ses souvenirs, Madame Campan raconte qu’au moment où la future Reine entra dans la cour du château un « violent coup de tonnerre ébranla le château et que quatre bougies s’éteignirent successivement et la Reine vit évidemment là un mauvais présage ».

Les visiteurs ne viennent que pour elle, la reine Marie-Antoinette. Aujourd’hui, sa présence

règne toujours sur les lieux. À la lettre ‘’F’’ comme Fantômes de son dictionnaire

"Versailles amoureux", Franck Ferrand raconte l’histoire des Anglaises et y porte du crédit.

Il parle aussi de la curieuse voyance du médium Yaguel Didier vécue dans le théâtre de la

reine. Ils s’y étaient enfermés tous les deux dans l’espoir qu’il se passe quelque chose. Ils

n’ont pas été déçus. Après une forte émotion, la voyante parle : « Elle est là, je sens sa

présence ». Puis elle devine la forme d’un musicien qui pourrait être Grétry. La voyante

parle ensuite comme si elle était Marie-Antoinette elle-même : « Que n’ai-je écouté les voix

de la raison ? Je n’étais que dans les plaisirs… Je devinais des changements, mais je ne

voulais rien voir, rien entendre… ». Le journaliste Frank Ferrand utilisera encore le mot

fantôme à la lettre M de Musique en écrivant : «  À propos de Mozart, je voudrais rappeler

que son fantôme hante un peu les murs de Versailles » (où le musicien a séjourné pendant le

Noël 1763. Décidément, on ne sort pas de ouatée au château).

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C’est avec ce portrait de Marie-Antoinette, peint en 1788 par Adolf Ulrik Wertmüller

(1751-1811), qu’Annie Moberly a reconnu la dessinatrice comme étant la reine.

Mais il arrive, en effet que des visiteurs soient projetés dans une aventure vers nulle part. Quelle ou qui est cette malice, si elle existe, qui agit sans notre aval ni notre désir ? Là est tout le mystère. Y a-t-il un quelconque dessein pour l’Humanité à travers cette expérience ? Mystère toujours. Et quel est l’intérêt pour cette intelligence de proposer des scènes rappelant le XVIIIème siècle ?



Un décor de tapisseries

Dans ce paragraphe, l’expression « décor de tapisserie », employée par les Anglaises pour

évoquer le panorama de leur aventure, va nous servir de fil rouge pour relever les similitudes

et de formuler une hypothèse. Cette hypothèse n’est pas de dire que c’est la vierge Marie qui

apparaît à Versailles. Mais de constater que le décor évoqué permet de créer un lien, par

leurs points communs, entre les deux apparitions dites "mariales" parmi les 19 reconnues

par l’Église et les fantômes du Trianon.

L’une de ces apparitions a eu lieu en 1879 en République d’Irlande, dans le petit village de Knock. Yves Chiron la cite dans son "Enquête sur les apparitions de la Vierge" en la décrivant comme la « contemplation d’un tableau surnaturel mobile ». De quoi s’agit-il ? Deux villageoises rentrent chez elles sous la pluie en fin de journée. Stupéfaites, elles aperçoivent des « images lumineuses» figées sur la façade de l’église. Les deux femmes y reconnaissent la Vierge et d’autres figures bibliques, lévitant entre 30 et 60 cm au-dessus du sol, autour d’un autel où trône un agneau de huit semaines surmonté d’une croix. Elles alertent les villageois qui voient aussi l’apparition. Quelques-uns ne perçoivent rien. De taille moyenne, la dame est vêtue de blanc et porte une couronne d’or et une rose sur le front. Elle semble prier.

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Représentation de l'apparition ayant eu lieu à Knock (Irlande) en 1879.

 

« Saint Jean était habillé comme un évêque en train de prêcher. Il portait une petite mitre

sur la tête », précise Patrick Hill, 14 ans, qui a vu également des anges, que d’autres

ignorent. Aucun message n’accompagne l’apparition silencieuse mais, par la suite, des

guérisons corporelles frappent l’opinion. La première est pour une enfant sourde... ce qui est

cocasse pour une apparition muette. Les témoignages concordent sur la quasi immobilité de

l’image. Ici, avec une dame céleste, nous avons une scène immobile un décor de tapisserie

avec des éléments vus par certains, pas par tous. Yves Chiron écrit que « des commentateurs

ont fait remarquer que le 21 août, le curé de la paroisse venait d’achever une neuvaine de

100 messes en faveur des âmes du purgatoire ». Le révérend Père Hubert disant que

« l’apparition est une représentation de la vision vers laquelle soupirent les âmes du

purgatoire, que nombre d’entre elles avaient atteint grâce aux cent messes offertes

consécutivement. »

Une autre apparition, peu connue, d’une dame couronnée d’or se manifeste le 17 janvier 1871 en France à Pontmain, petit village de la Mayenne : 50 personnes sont présentes mais seules 7 (des enfants) voient quelque chose. Pourquoi l’évoquer plus qu’une autre ? Parce qu’on trouve dans l’église Notre Dame de Versailles une statue de cette Vierge de Pontmain. La représentation de cette Dame est rarissime et il faut que ce soit justement à Versailles qu’elle le soit. Rappelons-nous aussi le nom l’image Notre Dame d’une des 3 auberges versaillaises. L’apparition se déroule en soirée et dure trois heures, sans qu’aucun mot ne soit prononcé, comme à Knock. Cette Dame, que tous ne voient pas, sourit, rit, s’assombrit selon les prières ou les chants qu’on lui propose. C’est là son seul dialogue. Le rare mouvement rapporté est celui des bras.

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Illustration de l'apparition de Pontmain (Mayenne) en 1871.

C’est l’immobilité de ces Images sacrées de Knock et Pontmain (hologrammes ?) qui nous ramènent à l’aspect versaillais. Car les fantômes du Trianon bougent mais dans un, répétons-le, décor de tapisserie. Maintenant, imaginons que les Dames de Knock et Pontmain apparaissent à Versailles. Quelle serait l’interprétation des témoins ? Après tout, les Célestes portent une couronne. Les yeux des témoins verraient-ils l’icône de Versailles Marie-Antoinette ? La différence pourrait être que les Dames de Pontmain et Knock portent le voile (une spécificité des apparitions mariales reconnues), ce qui n’a jamais été rapporté à Versailles. Une autre différence majeure est que le malaise, ressenti à Versailles par les témoins, n’existe pas pour ceux de Knock et Pontmain. La question mérite quand même d’être posée.

À SUIVRE : la seconde partie de "Versailles, fenêtre du purgatoire".

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